la Compagnie

la Compagnie

Tuesday, August 28, 2012

Le mot du Président.


A la lecture d’un des derniers billets de notre blog, un infime détail a retenu mon attention: la photographie, apposée au texte de Charles, laissait entrevoir une fenêtre sur… un magnifique ciel bleu. Plongé dans une biographie des Cecil, les conseillers dynastiques des derniers Tudor, la comparaison s’est imposée d’elle-même: pourquoi brouille-t-il les pistes, et surtout que nous cache-t-il?
C’est en effet une certitude pour moi, ce lumineux petit bout de paysage bucolique ne correspond pas au visage de la Compagnie, que pourtant je connais tant, souvent plus nimbée des vascillantes lueurs de bougies. J’ai alors décidé de mener mon enquête, pour ne pas connaître les déboires d’Essex, Raleigh, Dudley ou presque — oserais-je l’écrire! — James premier même, roulés par le père, William, et Robert, le fils.

Et c’est en effet une saison bien différente qui s’annonce pour la Compagnie, quoi qu'elle soit finalement logique dans sa progression, dans sa démarche de pousser toujours plus loin les frontières explorées. Charles n’est aucunement en vacances, comme il voudrait nous le faire croire, et c’est toujours à la pâle lueur des bougies, dans sa sombre retraite qu’il travaille à la saison qui s’annonce.
Continuant mes investigations, j’ai surtout découvert que, plus qu’une saison, c’est une marche dans les pas d’une des plus grandes — si ce n’est la plus grande — personnalités du seizième siècle qui nous sera proposée. Car pour être à même de suivre ses pas et comprendre la si fine démarche de la Reine Elizabeth première d’Angleterre, il faudra s’imprégner et s’approprier d’autres sources pour en percevoir l’entière complexité et intelligence.

Ce parcours dans les pas de la souveraine débutera par des Lectures saintes. La Reine en a évidemment eu — et s’en est nourrie; et, bientôt, la Compagnie nous proposera d'en entendre à nouveau, tirées des pères de l'Eglise, ou de l'Evangile, dans un cadre intime et apaisant, pour, comme l’envisage Charles, en transmettre la force universelle.

Il nous faudra cependant être sur nos gardes. Car tout en nous plongeant dans les écrits de Saint Augustin et de Saint Matthieu, d’octobre à mars, c’est dans un tout autre univers que la Compagnie nous accueillera à partir de janvier, pour nous prendre la main dans le sillage de la Reine Vierge — révélant alors l’oxymore parfait du siècle, auquel ne fait pas exception la fille d’Henry VIII: le profane, et le religieux, coexistant main dans la main, sans que l’un ne supplante l’autre.
Nourri de vaillants récits vantants les mérites de guerriers puissants aux mille prouesses, ainsi que de son imaginaire hanté par les héros vikings, voilà que notre directeur artistique s’applique à nouveau à mettre en scène les belliqueuses et parfois très fantasques pièces du Captaine Tobias Hume! Celui qui publie deux recueils pour la viole de gambe à la toute fin du règne de la Reine Elizabeth nous invitera à une ballade rétrospective dans le siècle de la souveraine. Ses écrits, nous répète Charles, seraient le miroir de toute une époque — précise et juste transition vers la création de la saison — une nécessaire portion du chemin à parcourir vers la Reine.

Tout ce cheminement, si justement orchestré par notre William Cecil, nous portera immanquablement au spectacle liant toute cette progression. Là se terminera notre épopée à travers le siècle, examiné sous nombre de ses facettes et nuances; notre Lord Burghley mettra en scène certains des plus riches écrits de la souveraine. Par ce spectacle final sera ravivée une lumière certaine, qui sans doute avait vascillé: Elizabeth ne sera plus une image rêvée et idéalisée, mais paraîtra devant nous, dans certes toute sa majesté tant vantée par ses contemporains, mais aussi dans une intimité dans laquelle on ne l’a que peu vue, à travers certains de ses poëmes, prières, plus personnels — des textes jamais entendus, et encore moins en français — et pour être à même de l’entièrement observer, examiner (et s’en émerveiller!) le lent et sinueux chemin dessiné par notre directeur artistique ne sera guère de trop.

Certains considèrent que l’œuvre et les personnes des Cecil n’étaient parfois mues que de sombres et peu honorables motivations, que d’une avidité du pouvoir; je n’en peux que douter. Il convient sans doute de relire l’histoire sous un autre jour. Voilà précisément ce que nous concocte Charles, à l’ombre d’une mansarde quand le soleil estival nous inonde: rendre à la lumière, par la Parole, et la leur, une histoire et des personnalités parfois modifiés par nos esprits et par le cours du temps.
Thibault Delaire, président de la Compagnie Oghma.

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