la Compagnie

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Tuesday, October 11, 2011

Enregistrer Lord Arthur.

Aujourd'hui, nous nous attaquions à un grand ennemi personnel: le son.
Car si, lorsque nous avons créé la musique du film avec Mélusine et Marie-Suzanne, c'était en la pensant avant tout pour être jouée en direct pendant une projection, comme à l'époque triomphante du muet, il était évident que son enregistrement serait une étape obligée — ce serait tout de même un peu délicat pour l'Ebo d'être présent en personne à chaque fois que quelqu'un voudrait voir le film!
Donc, toujours dans les studios de Centreville Télévision où nous avions déjà monté de film, la Compagnie a installé ses pupitres et ses housses de violes pour une première séance de mise en conserve de cette fameuse musique qui accompagne les quatre-deux minutes de Lord Arthur Savile's Crime.
Le processus était évidemment quelque chose qui nous effrayait tous un peu, et l'exiguité de la cabine n'était pas pour rassurer mes chères musiciennes — et il nous en a fallu du temps, pour trouver la position la plus (n'allons pas jusqu'à dire confortable) pratique pour que les archets ne s'entre-croisent pas, que les casques ne tapotent pas bruyamment contre les têtes des instruments, pour que le jeu soit possible et pas entravé.
Pendant quel temps, Pierre Yokel, notre précieux ingénieur du son, d'un calme rassurant, d'un professionnalisme précis, et d'une discretion exemplaire, installait ses micros pour capter le son de chacune des violes le plus exactement possible.
Chacun s'étant confiné dans ses appartements, communiquant de micro à casque, le vaisseau spacial était prêt à décoller. 
Car il faut dire que, de part et d'autre de la vitre qui nous séparait, chacun avait l'impression d'être à la Nasa. Les filles dans une cabine dépressurisée, et Pierre et moi, devant le tableau de contrôle de la Discovery,  avec une myriade de boutons et de signaux lumineux multicolores s'étalant énigmatiquement devant moi.
Après des balbutiements nécessaires — liés à la nouveauté de l'exercice, à la difficulté de trouver une aise indispensable dans l'étroite cabine, des fous rires déclanchés par mon agitation de chef d'orchestre, rendue plus drôle à cause de la vitre insonorisante qui donnait à Marie-Suzanne l'impression de voir un poisson dans un aquarium — très vite, c'était reparti, et les improvisations (sur lesquelles nous avions décidé de concentrer la séance d'aujourd'hui, pour nous attarder sur les partitions la semaine prochaine) trouvaient un nouveau souffle, une autre ampleur, une profondeur enrichie.
Les prises filent, les heures de même, minuit se profile, et la moitié de la bande-son est en boîte.
Vidées, épuisées, terrassées, les musiciennes héroïques sortent presque titubantes de leur isoloir — mais nous sommes tous quatre enchantés de notre journée.
Et nous pouvons l'être, car je peux le dire sans modestie, nous avons fait des choses formidables (enfin, mes musiciennes et Pierre surtout!).



Charles.

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