la Compagnie

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Wednesday, July 11, 2012

De l'autre côté de l'affiche.

Thibault Delaire doit poser pour Charles, et être le poster boy du récit de la Passion, dans le cycle de Lectures saintes qu'il va donner la saison prochaine. Il sera le Christ, dans une photo inspirée du Christ mort couché sur son linceuil, de Philippe de Champagne.
Je l'accompagne. Ce sera ma première experience d'assistante photo.

On arrive en retard: 18h. On a fait la fête la veille et Thibault pense que Charles va lui faire une remarque. T’as pas trop une sale tête franchement, je le rassure sans lui lancer de fleurs: il est magnifique ce matin-là, avec sa barbe de plusieurs jours, parfait pour le personnage.

Thibault sonne à l’interphone, Charles nous dit qu’il descend. Il arrive avec son assistante Zelda. On fume une cigarette avant de remonter. On prend un café, et Zelda propose: On a qu’à lui mettre le latex ici!

Le latex, j’avais déjà vu, mais jamais travaillé. On lui fait des stigmates sur le corps, puis on se dirige vers le studio oghmiône pour maquiller le latex séché. Charles me lance: Attends je vais te montrer par où entrer. En effet, les bandes de tissu pour la mise en scène cachent entièrement la pièce. Epaisses et noires, elles recouvrent le piedestal, et montent jusqu’au plafond. En faisant le tour, j’ai la même sensation que lorsque je faisais des galas de danse et qu’il fallait passer derrière la scène pour en rejoindre l’autre coté. Je découvre la pièce et l’équipement: un énorme projecteur, un plus petit, une lampe de bureau pointée vers un réflecteur… Toute astuce est visiblement bonne pour parvenir au parfait éclairage.

Les rôles sont vite fixés. Charles est le master; Thibault, le modèle. Quant à Zelda et moi, nous serons les petites mains. On remet les tissus en place, on maquille Thibault, on s’occupe de l’éclairage. Zelda nous prend en photo pendant les préparations.

Les essais de lumière et de mise en scène sont un moment particulier. On écoute Charles, accroupi, qui nous parle avec un œil dans l’appareil posé sur le trépied. Moins de lumière s’il vous plait… Descends Zelda, son visage est trop éclairé… Ah pas mal, mais recule Thibault… Il lui tape sur la main pour la lui détendre. Interdiction de tendre le bras: c’est pas baroque, t’es malade! Ça me fait rire.

Charles finit de préparer Thibault dans la salle de bain, puis ils reviennent et le shooting commence. Grand silence, Zelda lutte pour maintenir le réflecteur dans la bonne position, un peu comme Thibault finalement, qui doit garder la pose, inspiration bloquée, et faire attention à ses mains. Il est beau. Je suis à la gauche de Charles, immobile; on n’entend que les clics. Parfois un ordre de Charles pour la lumière. Ok on va faire une importation.

Fin de la première session. On charge les photos sur l’ordinateur. C’est un peu long mais on discute. La concentration extrême qui régnait pendant le shooting est déjà loin. Les photos apparaissent, je vois celles des préparatifs et me dis que je suis très blanche et très moche. Thibault est magnifique. Les photos sont toutes différentes, Charles a tenté des choses, et il y a beaucoup de photos (prises en peu de temps finalement), il y a du choix. Je me dis qu’il réussit à faire des clichés très forts alors que l’on est au milieu d’un bordel de bouquins, où sont encore accrochés des restes du tournage de Lord Arthur Savile's Crime, et qu’on travaille avec des lampes de bureau. Des plis sur les tissus font rebondir la lumière, ça ne plait pas à Charles. On s’y remet.

Cette fois je suis chargée de tirer le tissu et suis collée au mur pour ne pas être dans le cadre. Quand la deuxième session commence, je suis au meilleur poste d’observation: Zelda, à genoux en face de moi, fixe Thibault, concentrée pour viser le bon endroit avec son rayon de lumière. Charles à ma droite, regarde le modèle à travers l’appareil. Je suis assise par terre et m’aperçois qu’on est tous au niveau du sol, silencieux, et que c’est quand même une scène étrange. A ma gauche, Thibault est sur le lit, et je pense être la seule de l’assistance à m’attarder sur son visage. Il fait ça plutôt facilement, ça me séduit…
Il faut dire qu'il a l'habitude. Il était dans Les Anges distraits, et Charles l'a pas mal photographié pour d'autres de ses projets.

Je suis impressionnée par leur professionnalisme. Je ressens presque le dédoublement de leurs personnalités. Ils sont potes, je le sais bien, une seconde avant le premier clic et une seconde après le dernier, on rigole comme d’habitude. Entre les deux, la hiérarchie de nos rôles est pleinement respectée par tous. Naturellement.
Je me sens ignorante, mais à l’aise: l’ambiance est cool, Charles n’est pas contre nos avis, et nous nous soumettons à ses ordres alors que ce n’est franchement pas notre genre à Zelda, ni à moi.

Fin de la deuxième session. Les photos sont vraiment belles. Thibault: C’est quoi à gauche sur celle-là? Charles: C’est Mélo. Thibault me regarde, sourit et m’embrasse. Le résultat convient à Charles, on est bon.

Zelda décide alors que l’on va s’amuser un peu. Elle nous fait prendre des poses effrayantes ou saugrenues, je m’essaye à la main baroque sous les instructions précises de Charles... Drôle, quoiqu’un peu gênant. L’œil de l’appareil me met assez mal à l’aise. Pourtant certaines photos s’avèrent intéressantes! Comme quoi…

Belle expérience. J’espère avoir été utile à Charles, et suis quelque part assez fière. Je me sens impliquée dans ce projet (trop sensible…). Déjà hâte de voir le résultat.
Mélodie Dahi.


Sunday, June 10, 2012

De la communication et de la peinture.

L'entre-deux saisons, c'est le moment idéal pour travailler au calme et à tête plus reposée à des choses qu'on n'aurait pas forcément le temps ni l'énergie de faire en plein dans la guerre qui précède un spectacle — car, tout aussi bien qu'on soit préparé, il est difficile de penser à certaines choses avant une création, qui nous accapare souvent tout l'esprit.
En rentrant du Canada, une chose (parmi d'autres) m'a frappé l'esprit: le manque d'unité dans nos différentes campagnes visuelles jusqu'à présent, avec des affiches trop souvent disparates (tout aussi belles qu'elles furent), faites pour ressembler à un spectacle en particulier, mais ne présentant pas l'identité cohérente de la Compagnie.
Hé bien maintenant, c'est fini, avons-nous décidé au Concile, et nous profitons de ces quelques mois d'été — tout en préparant naturellement les spectacles que nous vous annoncerons bientôt — pour refondre complètement nos campagnes d'affichages. 
Les laboratoires ont fumé, nos cerveaux bouillant, et nous sommes parvenus à une toute nouvelle charte visuelle, qui sera mise en place dès la saison prochaine!
Evidemment, on gardera notre Oghma touch, et on y pourra reconnaître l'influence de nos maîtres préférés, de Nicholas Hilliard à Philippe de Champagne, en passant par Simon Vouet, Benvenuto Cellini et d'autres types agréables, don't worry — on ne va se transformer non plus!
Et dorénavant, on pourra entendre nos braves muses avoir l'échange suivant:
Oh tiens, regardez Madame Pustule: on dirait une affiche de la Compagnie Oghma!
Mais vous avez raison, Madame Michu, c'est tout à fait ça!
Vous m'en direz tant, Madame Pustule: c'est justement pour leur prochain spectacle!
Chic alors! Je me disais aussi: qu'est-ce que c'est joli!
Charles.
(du coup, on vous révèle un peu aussi ce qui va se passer en 2012-2013, oops!)

Tuesday, May 15, 2012

Photo de famille.

Même si notre saison prochaine va rester un secret quelques courtes semaines encore, difficile de résister à l'idée de vous en dévoiler un léger avant-goût, avec cette photo de famille (magister artium noster fecit) où vous reconnaîtrez naturellement et sans peine Zizine et Ragnar encadrant notre poster boy August Håkansson.
Non, nous ne vous en dirons vraiment pas plus. 
Mais le premier qui devinera de quoi il s'agit gagnera peut-être une place à l'une des représentations du spectacle en question!
En attendant, pour être les premiers informés, soyez certains d'être inscrits à notre newsletter qui vous en dira tout dès que ce sera officiel.

Sunday, April 29, 2012

Ragnar.

Lorsque nous préparions notre spectacle autour de l'oxymorique Captaine Tobias Hume, il m'avait semblé logique d'envisager la présence de percussions militaires au sein de l'instrumentarium déjà vaste de la production. Mais hélas, des conflits d'agenda avec le percussionniste que nous avions approché ne nous ont pas permis de le compter parmi les rangs de l'Ebo, et nous avions su nous contenter de nos cordes pincées et frottées.
Mais maintenant que nous préparons une reprise de ce spectacle (nous vous dirons précisément où et quand dans très peu de temps, don't worry!) — qui avait su séduire le public par son humour fantasque lors de sa création, il y a maintenant un an et demi — il paraît essentiel de revenir à cette idée, pour accentuer l'héroïsme soldatesque de certaines pièces qui composent notre programme.
C'est donc avec une grande joie et une grande fierté que nous vous présentons notre petit dernier, qui rejoint la famille de Zizine, la Femme du Pirate (nos violes), Willie (notre luth) et Hortense (notre vielle à roue): un tendre tambour renaissance à la voix rauque et profonde, doucement attachant mais parfois brusquement puissant: Ragnar, du nom d'un violent héros Viking, aussi bravard que notre mercenaire préféré (parce que, oui, nous baptisons tous nos instruments. Evidemment, sinon ils n'iront pas au Paradis des instruments).
Les ratatam vont bon train ces jours-ci dans nos laboratoires, et s'il fait déjà toutes ses nuits, nous pouvons vous assurer qu'une fois réveillé, il n'hésite pas à faire savoir qu'il a faim de batailles, et, musique digne des oreilles de Jupiter, qu'il est heureux to sing the praise of honor'd wars, the glory of wel gotten skars, the bravery of glittring shields, of lusty harts & famous fields!










Charles.









Monday, April 23, 2012

Back!


Après six semaines passées à Toronto — œuvrant sur une des plus magnifiques productions d'opéra baroque que j'ai jamais vues, l'Armide de Lully par Opera Atelier, qui s'apprête à voler vers l'opéra royal de Versailles (comment vous dire la hâte que j'ai de travailler sur une des plus belles scènes du monde?) — me voilà de retour à Paris, plein de bonnes nouvelles oghmiônes.
Certes cette saison-ci a été un peu sacrifiée, tant à l'achèvement de notre filmLord Arthur qu'à mon voyage. Nous avions envisagé à un moment l'invitation d'un nouveau metteur en scène pour créer un spectacle en mon absence, mais, fearing of times tiranie, nous avons dû nous plier et abandonner l'idée pour ne pas bâcler le projet qui n'est que partie remise, nous résignant tristement à une brève saison un peu condensée aux mois d'hiver.
Mais je rentre, non seulement porté par la magie d'un spectacle dont nous pouvons tous être très fiers (sans flagornerie), mais surtout remonté à bloc, la tête pleine d'idées magistrales, qui seront développées dans les semaines qui viennent, le Concile de la Compagnie devant se réunir dans de très brefs délais pour les amorcer, avant de vous les annoncer au son des fifres et tambours.
Des idées terribles, je me dois de vous prévenir — fortes, ambitieuses, et innovantes. Comme toujours. Sinon on s'ennuierait un peu, non?
Charles.

Friday, March 30, 2012

La Compagnie vue par…

Notre directeur artistique, Charles, par Marshall Pynkoski,
dans les coulisses d'Armide de Jean-Baptiste Lully,
Opera Atelier, Toronto, Canada.

Sunday, March 4, 2012

Mais si, promis, on travaille!

Certes, ce n'est pas peu dire que nous ne brillons pas ces temps-ci par une actualité fourmillante — et que même ce blog pourtant si effervescent à l'habitude, a tendance à s'enfermer dans un silence surprenant.
A vrai dire, à part une représentation en octobre des Avantures d'Ulisse à Créteil, nous avons concentré nos efforts cette saison sur notre film, Lord Arthur Savile's Crime: sur son achèvement (qui nous a occupés jusqu'en janvier tout de même, soit plus d'un an et demi après le début de la production), et sur sa diffusion.
Le jeu en valait la chandelle, puisque nous l'avons maintenant sur un DVD tout beau dont nous sommes très fiers, et les retours qui continuent d'affluer sont plutôt encourageants. Restent ceux, plus triviaux certes, des différents festivals où nous avons postulé, un peu partout dans le monde — dont les premiers devraient arriver dans le mois. Nous croisons les doigts!

photo Bruce Zinger
pour Opera Atelier
Mais, en dehors du film, si je n'ai pas voulu représenter de nouveaux projets cette saison-ci, c'est aussi que je disparais bientôt un long temps, pour travailler à un autre, au Canada: Armide, de Jean-Baptiste Lully, monté par nos amis d'Opera Atelier, et sur lequel je suis engagé comme assistant à la mise en scène, pour mon travail sur la prosodie française du dix-septième siècle.
C'est la deuxième fois que je pars travailler avec eux — la première, c'était sur un opéra un peu plus récent, mais pas moins intéressant: Iphigénie en Tauride, de C. W. Gluck, en 2009 (rentrant alors juste à temps pour créer notre spectacle sur les Sonnets de Shake-speare, To.The.Onlie.Begetter.).
Après une semaine à Toronto cet été, pour travailler avec les chanteurs sur le texte et sa prononciation, main dans la main avec le chef d'orchestre, je m'envole aujourd'hui pour y passer six semaines, aux côtés de Marshall Pynkoski, le metteur en scène — six semaines de travail acharné, dense, mais très-enrichissant, travail couronné par une série de représentations à Toronto, avant une reprise dans la foulée à l'Opéra Royal de Versailles, en mai! 
C'est un grand défi, mais ça va être vachement chouette de le relever!
Sans parler de la joie de passer tant de temps sur la langue parfaite de Quinault et dans les mesures les plus magnifiques de Lully (que nous avons un peu empruntées d'ailleurs pour le thème musical de notre film), le tout au sein d'une équipe formidable!


Mais ce n'est pas parce que nos dates de représentations oghmiônes ont été réduites à leur plus grand extrême depuis la création de la Compagnie il y a six ans maintenant (eh oui, le temps passe bien vite!), que nous n'avons pas lancé pour autant de grands chantiers, que nous ne travaillons pas toujours aussi secrètement, dans l'ombre des bougies vascillantes dont nous aimons à nous éclairer, à de nouveaux projets dont nous ne manquerons pas de vous parler dans un avenir de moins en moins lointain!


Je vous le jure, on travaille toujours aussi dur à la Compagnie — c'est juste que ça se voit un tout petit peu moins en ce moment!
Charles.