la Compagnie

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Tuesday, June 4, 2013

Du Marathon.

Tandis que, dans les derniers moments qui me séparent d'une présentation des Confessions de Saint Augustin — la prochaine pour le Mois Molière de Versailles, dans une chouille moins que deux semaines —, je m'isole, tel un ascète méditant, pour me centrer davantage tant sur moi que sur le texte et tout ce qu'il implique que sur le monde qui m'entoure, afin de retrouver cette réflexion sur lui-même à laquelle se livre Saint Augustin, que je m'impose un rythme de filages effréné, on me demande souvent si c'est bien nécessaire, si je ne suis pas trop dur avec moi-même, et l'on me conseille de sortir un peu de ma bulle, de m'aérer, pour me ménager.
Mais non! car se préparer pour monter sur scène et donner ces mots si précieux à entendre, c'est un peu se préparer pour un marathon, auquel on ne peut survivre qu'après un long entraînement de fond.
Bien entendu, parce que c'est une certaine épreuve physique, que de rester plus d'une heure et quart à déclamer un texte par cœur en le gestualisant, sans pratiquement changer de pied d'équilibre de tout ce temps, et qu'il faut tenir tout du long — et j'intensifie naturellement mes exercices corporels et vocaux habituels —, mais ce n'est pas le plus important, évidemment.
Evidemment, et c'est un autre détail, qui arrive au tout début, sans lequel je ne peux pas travailler, il s'agit d'avoir tous les mots bien en bouche, d'en être certain, de ne pas hésiter sur la moindre sonorité, et de même sur chacun des gestes, répétés devant un miroir.
Deux choses dont on ne peut être assuré qu'en les répétant inlassablement, techniquement, en filages aussi, of course.
Répéter inlassablement, faire des filages tous les jours, sans se laisser dépasser s'il y en a parfois qui sont moins bons que celui de la veille, ne serait-ce pour qu'enfin le texte, la gestuelle, me soient tellement entrés dans le corps, que la technique ne soit plus un obstacle, et qu'en la délaissant parce que faisant partie même, sans qu'on n'y pense plus, de la chose, on la dépasse, pour se laisser toucher et porter sans frein par le texte, qui me doit traverser et me transcender.
Car une technique incertaine retient et empêche d'accéder à ce que l'on cherche à atteindre, comme les iniquités passées retiennent Augustin dans sa conversion, ou comme la lettre retient l'esprit pour Saint Paul. 
Mais le plus essentiel c'est justement ce retour sur soi, ce regard intérieur, qu'une vie active ne permet pas forcément. De se confronter sciemment à soi-même, pour pouvoir mieux traduire ces mots, les rendre avec toute leur force infinie. D'entrer donc en moi-même, comme dit Augustin, pour mieux se laisser toucher, en sachant d'où cela peut venir aussi.
Il ne s'agit pas d'interpréter au sens moderne du terme la prose d'Augustin  bien sûr — c'est de la déclamation baroque! — mais de les sentir, en tâchant peut-être de percevoir d'où Augustin les sortaient.
Bien entendu, un certain nombre de filages ne suffisent pas non plus à remplir une journée, et s'il suffisait de vivre reclus pour pouvoir ensuite monter sur scène, ça se saurait!
Donc, le reste de mon temps tourne autour d'Augustin également.
La petite bibliothèque de Port-Royal de la Compagnie a la chance de posséder quelques-uns de ses autres livres (naturellement traduits au dix-septième par l'un ou l'autre des Arnauld), mais aussi la Bible traduite par Lemaître de Sacy (forcément, puisqu'on en a fait deux lectures dans le même cycle), où je m'immerge dans les Epitres de Saint Paul, si chers à Augustin, et je lis, je m'y plonge, replonge — pas jusqu'à l'écœurement, au contraire mais pour tâcher d'y trouver quelque chose, une lumière, qui me permettra de sentir mieux encore ces mots que j'aime à traduire.
Charles.
(oui, nous savons pouvoir être fiers, à la Compagnie, de notre merveilleuse illustration.)

Monday, May 13, 2013

Des beaux restes.


Les Confessions de Saint Augustin, dans la traduction d'Arnauld d'Andilly, que je présente dans notre cycle des Lectures saintes, c'est naturellement des heures de travail, et je ne compte pas le temps passé entre août et novembre, tant à potasser mon édition de 1773 (je n'ai pu hélas encore mettre les mains sur l'édition originale de 1649), que surtout les sélections que j'en ai tirées.
Mais depuis novembre, je n'y ai plus touché — d'autres projets m'ont accaparé, et puis ce n'était pas tout à fait nécessaire encore.
Je craignais donc, m'y remettant maintenant pour préparer la représentation du Mois Molière à Versailles, le 17 juin prochain, qu'il n'en restât pas gran'chose — que le texte allait m'échapper, que je ne l'aurais plus en bouche, et qu'il me faudrait déchiffrer tout à nouveau comme si c'était la première fois — forêt trop longtemps laissée à l'abandon qu'il faudrait défricher sauvagement pour la pouvoir traverser à nouveau.
Cependant, et c'est en réalité une impression sans cesse ressentie lorsqu'on œuvre à une reprise, mais qui ne laisse pas de surprendre à nouveau à chaque fois, hé bien, sans vouloir me flatter d'aucune sorte, il y a de beaux restes.
Je n'irais pas jusqu'à dire que le texte est encore su par cœur, que la gestuelle revient toute seule (je n'en suis pas de toute façon à me la remettre tout à fait encore, elle interviendra un peu plus tard dans le processus), mais je découvre avec émerveillement combien, sans que j'y touche, ni y repense formellement, mon travail précédent est resté, et surtout même, a grandi pendant cette latence — car si l'émotion a encore du progrès à faire pour être au moins égale à celle des premières représentations, si parfois je me laisse encore entraîner par le rythme et la musique des mots, sans leur accorder la force qu'ils méritent et doivent avoir, je suis le premier surpris de voir que le phrasé est plus fluide, plus doux, les phrases plus tenues jusqu'à leur dernière extrémité, que, finalement, la rhétorique si forte d'Augustin, et qui m'a toujours tant impressionné et bouleversé en ressort mieux encore.
Car, malgré moi — sans doute nourri de mes autres lectures (je me suis remis à celle de la Bible par exemble, et d'autres ouvrages d'Augustin, tout au long de la saison, pour saisir mieux les enjeux des différents textes du cycle des Lectures saintes, leur contexte, la force qu'en retiraient les Port-Royalistes), et de mes autres travaux, acquérant une aisance sans cesse plus grande dans l'exercice périlleux de la déclamation baroque tandis que les différentes lectures s'enchaînaient, aisance naturellement remise en question à chaque nouveau texte, à chaque nouveau travail, comme celui sur Elizabeth première, passé au crible de ladite déclamation, mais, aussi à celui de la langue anglaise, et de sa prononciation de l'époque — la chose a évolué, grandi — je me surprends même parfois à refaire la gestuelle que j'avais fixée qui devient par à-coups nécessaire, sans que j'y pense, ni tente de la reproduire — et cela me laisse plein d'heureuses attentes pour la suite du travail.
Charles.

Thursday, March 21, 2013

De la générale (mais une autre).

Ce sont les jambes encore tremblantes d'émotion que je me précipite sur mon clavier derechef, rentrant à peine de Saint-Roch où Clément Couturier et moi faisions ce soir la répétition générale de la Passion selon Saint Matthieu, avant la première à Sainte-Clotilde dimanche — d'une émotion comme j'en ai éprouvé peu dans ma carrière, et qui doit être au moins aussi forte que celle que j'ai ressentie lorsque j'ai mis les pieds pour la première fois sur la scène de l'Opéra Royal de Versailles, et qui, je le sens, va me porter longtemps encore.
C'était évidemment l'occasion pour Clément — qui accompagne le récit d'une Passion anonyme, datée de 1667 (la même année que la première publication de notre traduction) et conservée à Uppsala — d'essayer les orgues sur lesquelles il jouera mercredi 27 mars, pour la deuxième de la présentation.
Mais lesquelles? — car il y en a trois dans l'église.
Et, avant de nous enfermer dans l'église (et c'est là où ça devient rigolo), le curé de la paroisse nous avait laissé le trousseau avec les clés des trois!
D'abord un tout petit Cavallié-Coll de chœur, placé à côté de la chaire d'où je déclamais Les Confessions en novembre, dans la Chapelle de la Vierge, qui est l'endroit où il était prévu que la présentation se fasse.
Très vite, ça ne marche pas: trop d'air dans les tuyaux, pas assez de jeux, donc trop peu de variations dans les couleurs (quand Clément en a trouvé toute une palette à Sainte-Clotilde), et puis je ne l'entends pas, lorsque Clément vient me soutenir (pour permettre que les paroles de Jesus-Christ, soient dites en autre ton que les autres, pour signifier qu'elles partaient d'une plus grande douceur de cette sacrée bouche que d'aucune autre qui ait jamais été, comme le stipule mon bréviaire romain de 1654).
Alors, nous décidons d'essayer un autre orgue de chœur, mais de l'autre côté du maître-autel somptueux. 
Evidemment, nous ne nous voyons pas, mais nous entendons, ce que nous pensons être le principal pendant quelques instants. Très vite, on décide que ce serait quand même mieux si nous n'étions pas séparés.
Mais l'orgue est quand même vachement mieux.
Je passe donc devant le maître-autel.
La nef vide se présente devant moi, Clément est à ma gauche, à peine visible dans cette immense perspective impressionnante et émouvante. 
Et tout de suite, on saisit que c'est ça. Que c'est ça qu'on aurait dû faire depuis le début, comme nous l'avions évoqué quelques instants avant de commencer la répétition, que c'est là que nous devons être.
Car tout devient limpide, évident.
Nous sommes transportés au dix-septième siècle
Et, dans la mi-pénombre de l'église vide à peine éclairée, nous continuons notre filage, portés par l'ampleur du lieu, par sa force aussi, qu'il nous semble transmettre, nous portant avec lui, vers ce que j'avais envisagé au départ pour cette présentation: une évocation de ce que pouvait être au dix-septième à Paris le cœur de la Semaine sainte, avec ses bougies vascillantes dans les ténèbres d'une église tendue de noir, avec sa ferveur douloureuse et cependant profondément humaine.
Charles.

Wednesday, December 26, 2012

De la schizophrénie?

Rome ne s'est pas faite en un jour, évidemment.
Naturellement, un spectacle non plus.
Il n'est pas inhabituel donc, pour un comédien ou un metteur en scène, de jongler en permanence entre plusieurs projets, forçant à une sorte de schizophrénie bien agencée. Par exemple, lorsque nous tournions Les Anges distraits, je répétais en même temps Phèdre & Hippolyte, je traduisais Shake-speare tout en répétant Iphigénie en Tauride au Canada, je potassais les Confessions de Saint Augustin étant plongé dans les écrits d'Elizabeth première.
Une sorte d'oxymore (encore: je dois le faire exprès!), auquel je suis habitué, évidemment, obligeant à naviguer du profane au sacré, entre les langues, et les formes aussi — du cinéma au théâtre, en passant par la musique —, entre la prose et les vers et ainsi de suite.
Mais là où cela devient véritablement amusant, et un peu perplexant, c'est quand, comme maintenant, les projets à venir sont destinés à s'inscrire véritablement dans un calendrier lié à des évènements, comme la dernière partie du cycle des Lectures saintes: le récit de la Passion selon Saint Matthieu, que je donnerai en mars prochain.
Le travail que j'effectue sur chacune de ces lectures est naturellement conséquent (sans vouloir me flatter), et je commence à m'y préparer longtemps à l'avance, pour avoir le plus tôt possible les mots en bouche, et les raffiner, comprendre mieux leurs liaisons, la structure du texte, pour mieux les rendre ensuite — et celui sur la Passion le sera plus encore, car la présentation sera, telle que je me l'imagine et la conçois, entre oratorio, leçon de ténèbres et chemin de croix, mêlant un travail sur la lumière, sur le texte et avec de l'orgue pour parachever le tout.
Or quoi de plus contrastant avec les fêtes de Noël, qui viennent de passer, que le récit de la mort de Celui qui vient de naître?
Car, à peine la bombance du 25 décembre englouttie, les yeux alentours encore baignés de liesse émerveillée, je me plongeais dans mon office de la Semaine Sainte de 1654, lisant avec ferveur les leçons de ténèbres, lançait les différentes passions dont dispose ma discothèque (et surtout la Saint Matthieu de Bach, of coures, qui sera intégrée dans la présentation), relisait le récit de la Passion dans les quatre Evangiles, baignant en somme dans la fin d'une histoire que l'on venait à peine de commencer — dans les larmes, la douleur, le sang et l'obscurité, quand tout n'était que lumière et joie autour de moi!
Une sensation en somme étrange et paradoxale, mais bon, quand on travaille dans le baroque, on s'y fait!
Charles.

Monday, December 3, 2012

De Augustino secunda vox populi.

Après l'assistance présente à Sainte-Clotilde en octobre, quelques uns de nos auditeurs du 23 novembre à Saint-Roch nous parlent de la première du cycle des Lectures Saintes, celle des Confessions de Saint Augustin.

Des pans de nuages s'enroulant autour des rayons dissymétriques de la lumière divine, une voûte éclairée par un envol d'anges, une Nativité sculptée aux personnages contournés et chargés d'émotion… On est dans l'esthétique baroque, dans le chœur de l'église Saint-Roch. Mais un éclairage minimal à la bougie, un lecteur sobre et grave, vêtu de noir… 
On est dans l'univers austère de Port-Royal-des-Champs, à l'époque de Mazarin.
Monté silencieusement dans la chaire, Charles Di Meglio commence la lecture des Confessions de Saint Augustin dans le style de la déclamation baroque, plus connu pour le répertoire musical. Sans un sourire. Les phrases sont gestualisées selon une chorégraphie précise et rigoureuse, toujours dissymétrique. Dieu: un doigt pointé vers le ciel. L'âme: les deux mains, une dessus, une dessous, enferment un précieux trésor au niveau du cœur…
Chaque mot prend tout son poids visuel.
C'est la diction qui surprend le plus, lente et appuyée, avec ces lettres que le français moderne a oubliées, ces s et ces r à la fin des mots, ces anciens oué pour notre wa: la foué, le roué… Malgré la beauté du phrasé, les premières phrases sont difficiles à suivre. En quelques minutes il faut réapprendre une langue perdue.
Mais l'étrangeté de cette langue redonne une force inattendue aux mots. A syllabes lentement roulées dans la bouche, la mystique prend une saveur puissante et charnelle. 
Je pensais faire une lecture, dit le comédien, mais le texte m'a complètement absorbé, il est entré sans effort, je n'ai pas besoin de mes papiers. Et la récitation solitaire dure une heure et quart! Charles semble totalement habité par son texte. Et c'est ce qui frappe le plus, cette résonnance mystique d'un siècle à l'autre…
Car le Saint Augustin du quatrième siècle, dans une émotion très-moderne, raconte une jeunesse dissipée, un vague mal-être, une grave maladie, le doute qui s'insinue, la fidélité de sa mère, le questionnement spirituel…
Enfin, je rentrai en moi-même, dit-il… C'est peut-être la phrase centrale. Peu à peu, il s'ouvre à une expérience mystique, il vit une conversion. Et dans sa recherche, il va se passionner pour les textes de Saint Paul, ce flamboyant converti du premier siècle, qui a connu le bouleversement du Chemin de Damas et trois jours d'aveuglement, avant de peu à peu comprendre d'autres textes plus anciens, guidé par le vieil Ananie. Et voilà qu'à dix-septième siècle, Arnaud d'Andilly ressuscite ces confessions dans une langue extrêmement forte, comme saisi à son tour. A-t-il vécu une expérience de conversion, je ne sais pas. Mais certainement ce port-royaliste a vu dans les Confessions le cheminement d'une âme solitaire, la revendication d'une liberté intérieure face à une Eglise alors toute puissante et souvent intrusive dans les consciences…
Malgré la querelle des jésuites et des port-royalistes au dix-septième siècle, querelle très-anecdotique au regard de ces expériences mystiques individuelles, je ne peux m'empêcher d'évoquer la conversion d'Ignace de Loyola, au seizième siècle. La jeunesse gourmande et insatisfaite, l'accident, la grande douleur du corps, l'entrée en interiorité, le cheminement, l'apprentissage du discernement, la conversion, aussi brutale que discrète et progressive…
Car ce texte, cette entrée en interiorité, poursuit son chemin au fil des siècles, comme un écho de  conscience en conscience. Quelle aventure personnelle Charles y déchiffre-t-il? Ce dont je suis sûre, c'est qu'il ne se contente pas d'un jeu d'acteur, et c'est ce qui rend cette lecture saisissante et bouleversante.




Christine de Pas.

Monday, November 5, 2012

La Compagnie vue par…

La Compagnie et la déclamation baroque vues par la Suède et ses Vikings,
un de nos poster-boys de la saison, August Håkansson,
et Freya Hall, notre vox populi suédoise.


Un soir dans nos laboratoires naturellement éclairés à la bougie,
après une répétition des Confessions de Saint Augustin.

Thursday, October 25, 2012

De Augustino vox populi.

La foule en délire alors présente nous parle avec émotion de la première des Lectures Saintes, celle des Confessions de Saint Augustin, à Sainte-Clotilde.



Ma première pensée a été: Oh min Gud, je vais regarder plus d’une heure de chants religieux bizarres?
Je ne suis pas croyante, je viens de Suède, je me débrouille plutôt pas mal en français, bien sûr, mais une traduction en français du dix-septième siècle? Come on! C’est avoir les yeux plus gros que le ventre, sans doute?
Mais je suis quand même allée, l’après-midi du dimanche 21 octobre, à la chapelle de Jésus-Enfant à Saint-Clotilde, et j’ai été surprise moi-même.
Pendant les 15 premières minutes d'adaptation à cette chose étrange, j'ai essayé, de me concentrer sur la compréhension des mots, mais après un certain temps cela me faisait presque mal aux oreilles, et j'ai décidé d'arrêter d'essayer de comprendre et de plutôt me laisser porter émotionnellement. Ce qui a beaucoup aidé:
Ce n'est pas toujours ce qui est dit qui est important, mais ce que cela donne à ressentir. Avec des gestes tirés des tableaux baroques, une voix qui fait vibrer les murs (et au moins a fait tomber une bougie du grand chandelier qui éclairait seul la chapelle), avec une passion comme s'il était possédé par Saint Agustin lui-même, avec une gravité et une profondeur dans chaque mouvement, une parole et un souffle formidables, Charles a livré une performance qui m'a même donné la chair de poule. Je me suis retrouvée, à un moment donné, à presqu’oublier où j'étais, comme si j'avais été transportée à l’époque baroque.
Donc, je conclurai en disant que la meilleure chose que j'ai fait a été de me laisser entraîner par la musique et la gestuelle de cette présentation en déclamation baroque, plutôt que d'essayer d’en comprendre le sens, ce qui a fait que j’en ai été touchée profondément.
Je ne crois toujours pas en Dieu, mais je tiens absolument à passer une heure à nouveau à écouter de la déclamation baroque (à condition que ce soit par Herr Di Meglio, bien sûr !).
Freya Hall, Viking téméraire.




C'est la première idée qui m'est venue à l'esprit en quittant le lieu du spectacle:
Pourvu que Charles ne me demande pas d'écrire mon ressenti sur son blog!
Cela me semblait impossible après ses lumineuses déclarations.
Impossible de décrire l'état — quasi mystique — où il nous a laissés...


Je ne pourrais même pas vous parler de l'intérieur de la chapelle, à peine vous dire qu'elle m'a semblé de style néo-gothique fin dix-neuvième.

Tout le reste m'a échappé. Le public aussi s'était effacé de ma mémoire.
J'écrirai pourtant quelques lignes. Pour Charles, parce qu'il m'est précieux.
Et que j'ai bien envie de lui faire ce plaisir.

Donc le voici qui apparaît.

Grincement de porte. Silhouette sombre.
Ses pas sont si furtifs. Les gestes de ses mains si délicats.
De lui, se dégagent à la fois une fragilité et une autorité certaine.
Il est là devant nous, Charles? Sans doute…
Mais je ne sais plus. Son regard est si sombre et profond, comme dévoré par quelque chose d'extérieur à sa personne…
Sa voix n'est plus celle que je connais. Je le sens habité par un mystère, une élévation, une spiritualité.
C'est une étrange sensation. Je n'ose presque pas le regarder tant son personnage m'impressionne.
Je suis intimidée, troublée par cet homme qui est là devant moi.
Sa voix transfigurée n'est plus la sienne.
C'est la voix de Saint Augustin, telle qu'on l'imagine, qui s'enfle et s'élève.
Tout à coup nous sommes transportés des siècles en arrière, à l'époque du père de l'Eglise.
Sa parole emplit la chapelle, lui redonnent pleinement sa fonction sacrée.
L'audience, suspendue à ses lèvres, est silencieuse, frappée au cœur par ce flot rugueux d'une parole baroque qui loue sublimement Dieu.
Mais voilà que le prêche s'achève, que la foule se disperse à regret.
Je m'en vais, moi aussi — sans aller vers lui comme je le fais d'habitude, trop émue, trop respectueuse pour risquer de briser le charme et le divin mystère qui plane encore sur la chapelle.

Agathe Le Bail, amie fidèle.

Monday, October 15, 2012

Retour aux sources.

Il arrive parfois, tandis que l'on travaille sur un spectacle, que le monde qui nous entoure et auquel on fait alors sans doute un peu moins garde qu'à l'accoutumée, semble nous favoriser.
Ainsi, tandis que je suis en pleines répétitions des Confessions de Saint Augustin, voici qu'ouvre au Musée Carnavalet une exposition qui n'eût pu être plus à propos, j'entends évidemment parler des Couleurs du Ciel, peintures des églises de Paris au 17e siècle — elle n'eût pu l'être plus, car comment ne pas être empreint de peinture baroque religieuse lorsque l'on passe ses journées à avoir la langue d'Arnaud d'Andilly si magnifique en bouche, à tel point que j'en arrive presqu'à croire que Saint Augustin vivait au dix-septième siècle. Comment ne pas être empreint de peinture baroque religieuse, quand ma gestuelle en découle, quand mon dictionnaire de gestuelle pour ce projet-là est une monographie de Philippe de Champagne?
Et donc, naturellement, ni une ni deux, dès que justement mes répétitions m'en laissent la liberté, j'y file, pour m'y ressourcer, à un moment où je me sens prêt pour la présentation à Sainte-Clotilde dimanche, mais où je sens aussi que je peux aller encore plus loin.
Peu de monde, et quand, soudain, au détour d'une pièce, je me retrouve, sans m'y attendre, face à face avec Dieu le Père créant l'Univers matériel dudit Champagne!

Je connais bien la toile, naturellement, puisque j'en tire mon geste pour le salut dont Augustin parle à plusieurs reprises. Mais, ça arrive: je ne suis jamais allé à Rouen.
C'est donc la première fois que je le vois, en vrai, et c'est en plus une surprise — comme si l'on rencontrait quelqu'un qu'on a toujours voulu connaître tout à coup, dans la rue.
Je m'en repais au point de ne plus voir que les coups de pinceaux invisibles du peintre de Port-Royal, d'être sur le point de toucher la toile sans m'en rendre compte, tellement je m'y projette.

Puis, bam! de l'autre côté du mur: un Simon Vouet de la fin de sa carrière!
Des visages comme jamais il n'en fit de si beaux, des couleurs, comme toujours, confondantes!
C'en est presque déjà trop, je vascille, me dépêche, cours dans une autre salle, tâchant de calmer mes yeux et mes sens par des toiles peut-être un peu plus banales, mais impossible.
Je rentre dans une nouvelle pièce, et que vois-je? Le Songe d'Elie ("Eveillez-vous, vous qui dormez"), où je suis surpris de découvrir le visage d'un tout jeune homme sous la barbe grisonnante du prophète, puis une esquisse du cycle de Saint Gervais-Saint Protais, rendue plus émouvante encore par sa petite taille, et à la même précision unique que l'immense carton du Louvre, un épisode de la vie de Saint Bruno que je ne connaissais pas!
La tête me tourne, je suis ivre de ces toiles, repasse febrilement dans les pièces où je sais qu'elles sont, n'accorde plus qu'un regard discret aux autres, les yeux humides, et je ressors, naturellement bouleversé, profondément ému, et il me semble que le Marais que j'arpente alors est en pleine effusion baroque, et je serai peu étonné de voir Marc-Antoine Charpentier et Jacques Bossuet sortir de Saint-Paul-Saint-Louis, après une bonne après-midi de travail, et suis aussi ému que lorsque je sors du Musée des Beaux-Arts de Lyon, ou bien sûr des salles baroques du Louvre, où j'avais entrainé, pour les mêmes raisons qui m'ont amené cet après-midi à Carnavalet, Christine quand nous montions Phèdre et Hippolyte de Racine où elle jouait le rôle-titre.
Charles.

Thursday, October 11, 2012

Le nuage sonore.

Ce n'est pas parce que nous faisons du baroque (et de l'élisabethain) pur et dur qu'on n'aime pas les gadgets, à la Compagnie!
La preuve en est le ci-blog, notre chaîne YouTube (où vous regardez nos bandes-annonces en boucle, of course), notre page Facebook (nous ne vous ferons pas l'affront de croire que vous ne nous likez pas déjà), notre Twitter (mais vous nous suivez déjà, naturellement), notre lettre de diffusion (comment? pas encore inscrit?), et enfin, notre récente campagne de dons.

Et à cette liste déjà fort longue, nous avons décidé d'en rajouter un, tout aussi utile, c'est-à-dire SoundCloud, où vous pourrez entendre quelques extraits choisis de nos spectacles (pour commencer l'avis au lecteur d'Arnaud d'Andilly, qui ouvre notre lecture des Confessions de Saint Augustin), quelques un de nos enregistrements, avec de drôles de graphiques tout jolis, qui nous rappellent les trucs bizarres que nous croisâmes en enregistrant la bande originale de notre dernier film, Lord Arthur Savile's Crime.



Alors, courrez! C'est super-chouette!

Wednesday, October 10, 2012

De la générale.

Deux de nos amis les plus estimés relatent la générale des Confessions de Saint Augustin, à la Chapelle de Jésus-Enfant (Sainte-Clotilde), où ils étaient.

Hier le monde était à l'envers.
Celle qui était habituée à être regardée, écoutée, critiquée se retrouvait sagement assise dans une belle chapelle parisienne pour regarder, écouter et critiquer.
En chaire: Charles Di Meglio répétait sa lecture des Confessions de Saint Augustin.
Quel texte! Les propos sur le théâtre sont bouleversants et tellement justes! Ce qui est dit de l'amour et de l'amitié est vécu, émouvant et tout cela pour nous exhorter à tourner le dos à cette vie terrestre. Pourquoi la vie nous est-elle donnée? Si ce n'est pour nous emmerveiller des beautés qui nous environnent et nous aider les uns les autres à surmonter les difficultés qui jalonnent notre chemin?
Mais revenons à Charles qui, spectral, monte en chaire, le geste sûr et très-éloquent, la voix timbrée, la prononciation surprenante de l'époque baroque donnant à entendre ce texte comme au dix-septième siècle. Il est Saint Augustin mais aussi et peut-être surtout ses relecteurs de Port-Royal et nous sommes pris par le récit de cette vie où les spectacles, l'amour, l'amitié partagent son coeur avec la crainte des pleurs de sa mère, ô combien nombreux, sur la perte de son âme.
Mon metteur en scène s'est mué en très bel acteur pour nous délivrer cette parole.
Il ne me reste plus qu'à attendre qu'il reprenne son rôle premier et me dirige dans Elisabeth Première d'Angleterre!



Christine Narovitch, notre Berma.




Formidable, au sens que ce mot revêt dans la langue classique, c'est-à-dire capable d'inspirer de la peur, c'est ce qui m'est venu en tête lorsque j'ai entendu Charles prononcer les propos de Saint Augustin traduits par Arnaud d'Andilly.
La gestuelle et la prononciation baroques, loin de créer une distance qui éloignerait les modernes que nous sommes, ou que nous croyons être, de ce texte, nous le rend au contraire étonnamment présent.
Une fois pris dans le tourbillon où se mêlent et même se confondent la voix et le corps de celui qui nous délivre ce texte tumultueux et le propos qu'il défend et illustre, il nous semble être à Port-Royal, lorsque ceux qui entendaient, qui défendaient ces textes, couraient les plus grands risques, à la fois face à la colère divine s'ils ne savaient pas les écouter et face aux autorités, dont ils sonnaient comme une condamnation.
C'est à une sorte de court-circuit que nous invite Charles, en nous mettant directement face à la résonance profonde et provocatrice de la voix des Port-royalistes.
Il ne faut pas manquer une occasion rarissime de l'entendre. 



Ivan P. Kamenarović.



Wednesday, October 3, 2012

De la chaire (et l'incarnation).

Que l'on se rassure: il ne sera plus question ici de mon pied (oui, oui, il va très bien, c'est gentil; la guérison et la convalescence sont en bons trains, merci).
Car, à mesure qu'approche la première des Lectures saintes, celle des Confessions de Saint Augustin (oui, toujours le 21 octobre prochain à Sainte-Clotilde, ne vous inquiétez pas), nos sujets se doivent naturellement d'être moins frivoles, tandis que le travail devient plus intense encore.
Et, les jours passant avec les filages, une chose devenait de plus en plus certaine: si les passages de récit (la perte de l'ami intime, par exemple, ou le départ pour Rome) étaient clairs, ceux, plus édifiants, des réflexions ou des harangues du saint, l'étaient un peu moins, n'avaient pas la même force que le reste. 
Et pour cause, quand je répète, je suis au niveau du sol, mon pupitre devant moi.
Alors que, lors des présentations, à l'instar de Bérulle évoquant le Verbe incarné à l'Oratoire de la rue Saint-Honoré, je serai en chaire.
Or (oui, c'est étonnant), les laboratoires de la Compagnie n'en sont pas encore équipés, ce qui est bien ennuyeux, car je sais que cela va changer énormément de choses — corporellement, vocalement, dans le rapport que j'aurai avec l'assistance, et dans celui que je devrai avoir avec l'incarnation du texte. Ce qui est d'autant plus ennuyeux que, si nous avons la chance de pouvoir répéter une fois à Sainte-Clotilde avant le 21 octobre, ce n'est qu'une fois, et certains de ces problèmes devront être résolus avant.
C'est pourquoi je décide aujourd'hui de recréer dans nos laboratoires une chaire de bric et de broc: quatre chaises à hauts dossiers, accolées, pour m'élever un peu plus, et pour m'encadrer dans la cuve. Certes, sans l'abat-voix, mais je n'en aurai de toute façon un qu'à Saint-Roch, puisque la chapelle de Jésus Enfant est suffisamment intime pour s'en pouvoir passer.
Ce serait un peu trop dire que cela change tout, mais tout de même. Il me semble qu'à cette nouvelle hauteur, je retrouve l'énergie et l'équilibre qui me faisaient si cruellement défaut auparavant, et je dois revoir certains détails de ma gestuelle: les envisager passant par dessus l'encorbellement, plus en avant, les penser en les dirigeant plus en direction de l'assistance, dont la position est fatalement modifiée. 
Certains gestes deviennent plus amples, plus fermes, sont plus habités, incarnés; la voix s'élève plus à certains moments qui trouvent ainsi la puissance qui manquaient à la harangue, pour tâcher de mieux happer, d'attirer au texte, par ce placement justement conçu pour de telles fins édifiantes. 
Sans parler du regard, qui doit changer radicalement puisqu'auparavant, j'étais au même niveau que mon assistance imaginaire, je pouvais le garder droit. Maintenant, impossible, évidemment: je dois le descendre, l'abaisser vers le sol, si je veux parvenir à élever celui de la foule avec moi.
Et c'est toute une perception de mon corps, et aussi toute une habitude, tant de ma choréographie gestuelle que du placement de ma voix, qui se trouvent changées, et c'est très intéressant — sans doute va-ce le devenir plus encore à mesure que je m'y sens plus à l'aise, au fil du peu de semaines qui me séparent encore de la première, et au cours desquelles j'expérimenterai aussi dans une vraie chaire, ce qui ne pourra être que plus différent et étrange encore — et d'autant plus enrichissant!
Charles.

Wednesday, September 26, 2012

De l'équilibre.

L'équilibre, dans le baroque, c'est essentiel. Enfin, un équilibre oxymorique, bien sûr.
Tout d'abord, parce que le baroque, c'est un perpetuel équilibre de deux contraires qui s'opposent, et sans lesquels le monde serait mort.
D'où la dissymétrie permanente de l'art baroque (les seuls occurences d'un corps symétrique étant la représentation du Christ mort).
Le baroque, c’est une obscure clarté pour nos regards modernes, c’est un oxymore permanent: c’est rendre visible ce qui est caché.
Et la déclamation baroque, c'est forcément un équilibre aussi. Un équilibre entre la pensée rhétorique, qui doit produire rationnellement un discours qui doit émouvoir et toucher le cœur de l'auditeur.
C'est un équilibre dans la prosodie, dans la musicalité, dans les accentuations.
C'est un équilibre dans la gestuelle.
Et c'est aussi un équilibre entre le phrasé et la gestuelle.

Il faut donc que le déclamateur soit sacrément en équilibre pour pouvoir s'y adonner, avec tous ses éléments essentiels. En équilibre, bien planté dans le sol, l'énergie des deux contraires essentiels à rendre la parole vivante et à traduire le Verbe le traversant des pieds à la tête.


Manque de bol, difficile, cet équilibre, quand on est chaussé de façon déséquilibrée. Car si, lorsque je répète ma lecture des Confessions de Saint Augustin, mon pied gauche est chaussé de sa chaussure à déclamation (oui, oui, nous avons ça!), le droit, lui, fait ce qu'il peut. Autrement dit, pour sa convalescence, et pour qu'il soit tout à fait remis avant le 21 octobre, et la première des Lectures saintes, il est enfermé dans une chaussure superatomique qui le maintient, ainsi que sa cheville, dans un carcan immobile, posé sur une énorme semelle (qui me permet toutefois de poser sans dommages le pied par terre, rendons-lui bien cela), qui est plus épaisse de plusieurs bons centimètres que toute forme de chaussure civilisée. Et qui, de surcroît, est légèrement courbe, pour épouser le sol lorsque l'on tente de marcher avec (en claudiquant).
Bref, autrement dit, pas facile de travailler ces jours-ci, maintenant que ma partition déclamatoire est en place, que je pense avoir trouvé les nuances sur le textes, les rythmes, les éclats de voix, les suspens, et que ma gestuelle est fixée, apprise — autrement dit, maintenant qu'il convient d'assembler ces deux éléments équilibrant la déclamation baroque, hé bien, moi, je n'ai plus l'équilibre qui me permet de le faire!
Alors, certes, je suis un bel équilibre déséquilibré. Un oxymore baroque à moi tout seul. Mais ce n'est pas terrible. Trop lourd à porter, sans doute, une telle charge!

Mais que l'on ne s'inquiète pas, je ruse déjà: je mets des cales de porte sous mon pied défaillant, je surélève l'autre, et on ne pourra pas dire qu'une bête métatarse aura été plus fort que moi, que la Compagnie Oghma, qu'Arnaud d'Andilly, que la déclamation baroque et que Saint Augustin réunis!
Charles.

Monday, September 17, 2012

De pedis amputatio.


Un pas de basque un peu trop jeté;
Une mauvaise réception,
Crack!:
en l'espace d'un quart de seconde, me voilà avec une entorse de la cheville droite, et surtout le cinquième métatarse cassé.
Je propose aux médecins une bonne vieille amputation, et le remplacement du pied par une des dernières inventions formidables du docteur A. Paré, qu'on en finisse, ça ira bien plus vite, et la récupération se fera en un clin d'œil. 
Me voilà bien déçu lorsqu'on me place simplement un bandage autour du pied (m'enjoignant tout de même à me procurer une botte superatomique pour le maintenir en place), et me déconseille de poser le pied par terre.
Pendant trente jours. 
Soit presque tout le temps qui me sépare de la première des Lectures saintes.

Conclusion: si je devrais être tout à fait rétabli pour ma lectures des Confessions de Saint Augustin, à Sainte-Clotilde, le 21 octobre (à 15h, au 29, rue Las-Cases, dans le 7e arrondissement parisien, évidemment), en attendant, pour travailler comme il se doit, je dois ruser avec mon propre corps pour trouver l'appui dans le sol nécessaire à la déclamation baroque (oui, puisqu'il s'agit de la traduction de Robert Arnaud d'Andilly, de 1649). 
Pour finir de mettre en place ma gestuelle, pas de problème: je me mets à genoux sur une chaise haute, rendue confortable par un bon coussin bien molletoné, face à mon pupitre et mon miroir, mais pour déclamer et trouver l'énergie nécessaire à véhiculer verbalement ce texte si riche et dense, c'est bien moins pratique. 
Alors j'essaie des trucs, je garde mon pied infirme en l'air, prenant équilibre sur une béquille, puis, tente la même chose, avec mon talon planté dans le sol (j'ai le droit!), ne suis pas convaincu, réssaie à nouveau autre chose, pour me rendre tout de même capable de répéter, et ne pas prendre du retard sur le planning déjà très strict que je m'imposais avant l'accident. J'essaie assis aussi, pour répéter le texte comme on reverrait une partition musicale, pour en mémoriser les lignes, les tenues, le phrasé, sans trop pousser sa traduction. 
Mais que l'on ne s'inquiète pas: tout ira bien, et cette déclamation des Confessions devrait malgré tout parvenir, malgré les aléas de ses répétitions, aux hauts objectifs que je promets: de faire ré-entendre ce texte à travers le véhicule de la déclamation baroque, dans toute sa force et sa spiritualité.
Charles.

Friday, September 7, 2012

Champagne!

Si naturellement nombreux sont les peintres qui me fascinent, aucun, sinon peut-être Simon Vouet, ne me touche autant que Philippe de Champagne — à tel point qu'il peut m'arriver de passer au Louvre simplement pour saluer Catherine Arnauld, m'extasier devant ses deux Cènes, me dolir devant la Vierge de douleur, et être tétanisé devant le Christ mort couché sur son linceuil.
C'est, si je puis dire, un peu mon peintre de chevet, auquel je ne puis m'empêcher d'emprunter des images — je l'ai fait pour la scène finale (entre autres) de Phèdre & Hippolyte, pour l'affiche de ma lecture de la Passion du Christ qui aura lieu en mars — et dont je m'inspire sans cesse, comme pour celle des Confessions de Saint Augustin (qui sera bientôt dévoilée en intégralité sur notre Facebook) — car même s'il n'a jamais peint cet épisode de la conversion du saint, la pose de notre poster boy Adrien Morin lui est infiniment redevable — sans parler de ma gestuelle pour les imminentes Lectures Saintes: posé sur une table à côté de mon pupitre déclamatoire, une monographie du peintre, toujours ouverte, dans laquelle je me plonge dès que j'hésite sur un geste, où ne trouve pas tout de suite comment signifier une idée parfois trop abstraite. Et toujours, me parvient la réponse, presqu'immédiatement, dans une de ses toiles aux mains si grâciles, aux visages si beaux dans leur fragilité.
Et pour cause: notre cycle reprend les traductions port-royalistes d'Arnaud d'Andilly et de Lemaître de Sacy — il me semble donc évident que le peintre de Port-Royal soit le seul à pouvoir apporter des solutions à ces énigmes! — là où Poussin, ou même Vouet seraient trop extérieurs, presque spectaculaires, et pourraient m'aider pour gestualiser des textes théâtraux ou narratifs, comme ceux de L'Odyssée, Champagne apporte cette subtilité intérieure du geste, pas avec un mysticisme renfermé, mais avec une précision fervente, qui correspond à ce que j'imagine d'une oraison de Saint-Cyran, ou d'un Solitaire en prière.
Définir plus précisemment pourquoi Champagne me touche tant serait y réfléchir, et donc rendre cette sensation formidable (à tel point que, quand j'ai trouvé le geste que j'y cherchai, je continue parfois à parcourir ma monographie, sans cesse surpris, souvent ému aux larmes en retombant sur un tableau que je contemple au lieu de retourner au travail) par trop intellectuelle pour qu'elle ait encore cette puissance exceptionnelle. Je ne préfère donc pas, pour y puiser toujours plus de forces pour tâcher de véhiculer au mieux celles des textes de Saint Augustin que je travaille en ce moment.
Charles.