la Compagnie

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Friday, November 4, 2016

The Elizabethan people's voice.

Une relâche exceptionnelle de son très-beau spectacle L'Innomé, donné tous les mercredis en même temps que notre Elizabeth R. au Théo Théâtre, a permis à Lennie Coindeaux d'assister à une représentation qu'il nous évoque.


Il m'a fallu un temps, somme toute très court, le temps d'une lumière plus scintillante, pour complètement rentrer dedans. En toute honnêteté, j'étais absolument ignorant de l'Histoire d'Angleterre et donc de cette reine. Il m'était difficile de situer historiquement les faits, les noms. Mais ce n'était pas un frein.
J'ai surtout compris cette femme, cette reine, ce coeur. Il y a eu des moments très forts qui m'ont vraiment marqués, comme lorsqu'elle dit Je sais que je n'ai le corps que d'une chétive et faible femme, mais j'ai le coeur et l'estomac d'un roi .
Tout ce passage quand Christine Narovitch (Elizabeth) parle à sa cour est sublime. Avec une force, une puissance. Et alors ce que j'adore c'est lorsqu'on voit les instants où le masque tombe, et l'on aperçoit chez elle une mimique, un rictus, un sourire, un roulement d'yeux... toujours fulgurants.
Mais c'était là: je l'ai vu, je l'ai saisi dans son instant de fragilité, de femme et non plus de reine. Christine m'a vraiment impressionné, tant elle se transforme sur scene. Cette robe bien sûr, cette coiffe, cette façon de se tenir, lui confèrent une force, un ancrage dans la terre, tel un chêne indéracinable. Le coeur d'un roi....
Indéniablement les bougies apportent ce qu'aucune lumière artificielle de projecteur ne pourrait apporter. Ne serait-ce que l'odeur quand on entre dans la salle: cette odeur nous prend avec elle, nous invite à nous asseoir et à voyager. 
Toi aussi Charles, tu es toujours très surprenant.
Toi aussi tu mutes... au sens littéral du mot, je te vois complètement changer, autrement, prendre une autre dimension. C'est drôle, il y a dans ton regard un mystère, une passion ardente, accompagnée d'une naïveté, d'une pureté qui surgit parfois au milieu de ce feu, qui pourrait être une obsession...
Et cet instrument arrive... et là j'ai voyagé dans bien des pays, je me suis retrouvé en Espagne, au Proche-Orient. La musique voyage elle aussi, elle se charge de ses rencontres ethniques.
Il est évident que j'ai encore plein de choses à dire, mais la parole reste vivante, plutôt que les touches d'une tablette. Place donc à la Parole.
Lennie Coindeaux.

Wednesday, February 11, 2015

De Leander vox populi.


Léandre et Héro, ode burlesque de Paul Scarron, se joue depuis mardi au théâtre de l'Ile Saint-Louis, 39, quai d'Anjou à Paris. Un premier spectateur enchanté nous évoque la représentation qu'il en vue.


Un spectacle beau, agréable et simple. Une charmante histoire jouée et racontée devant les spectateurs dans l'intimité d'une petite salle à la seule lumière des bougies.
La déclamation baroque nous amène dans un style de jeu très particulier avec son propre mode de Parole et sa propre façon de bouger. Inhabituel, un peu déroutant aux premiers instants pour qui ne connait pas, mais certainement pas désagréable car les deux comédiens et la comédienne tirent entièrement parti de ce que permet cette déclamation en terme de gestes et de manières d'adresser une parole (des manières qui, souvent, ne pourraient exister dans une diction et une gestuelle contemporaine). 

On nous conte une histoire, celle des amours de Léandre et Héro: un narrateur nous la donne en mots et gestes, et dans le même temps et le même espace, les deux amants la vivent. La cohabitation du narrateur et des personnages ne nous gêne pas le moins du monde, car tous se rejoignent dans un même but: nous raconter l'histoire, à nous, spectateurs. Et c'est ce qu'il y a de plus agréable dans ce spectacle, au travers du jeu baroque et dans cette toute petite salle: le spectateur n'est jamais ignoré. C'est à nous qu'on parle. Presque tout nous est adressé, si bien qu'on se sent perpétuellement invité à suivre ces deux amants dans leurs péripéties. Le jeu est ici au plus sincère, au plus proche du premier degré et toutes les émotions traversent les comédiens avec une ampleur haute et puissante qui fait se mouvoir leurs corps. Et ça nous atteint. Et ça nous touche. Car dans ce type de jeu si particulier, on reconnait bien, grandi par les gestes et la paroles, l'amour, la naïveté de la jeunesse, le chaud tempérament de l'adolescence, l'émerveillement des premiers ébats, tous interprétés avec brio par les deux protagonistes, Ulysse Robin et Elsa Dupuy. Le narrateur a certes une certaine distance avec l'histoire, mais il n'est pas neutre pour autant et a souvent son mot à dire sur ce qu'il pense de l'histoire en question, n'hésitant d'ailleurs pas à prendre à parti le spectateur.
En tant que spectateur, on a le désir de profiter au maximum de ce spectacle, parce qu'il nous fait du bien. En ce qui me concerne, j'en suis sorti avec l'envie de jeter des confettis.
J'encourage ceux qui n'ont pas encore vu ce spectacle à prendre un peu de temps sur leur soirée (moins d'une heure, ce qui soit dit en passant est assez rafraichissant par rapport aux temps de spectacle habituels) pour marcher, voguer ou nager jusqu'à l'Ile Saint-Louis et partager l'aventure de Léandre et Héro.

Romaric Olarte

Tuesday, June 3, 2014

De Elizabetha Reginae vox populi.

Elizabeth R., autour des textes de la Reine vierge, c'est fini pour la saison — mais elle revient dès le mois d'octobre.
D'ici là, en voici un rapport qui nous fait rougir d'une spectatrice aussi émue que nous le sommes à la lecture de ses lignes.



Je me suis réveillée ce matin en me disant: comment se fait-il que j'ai tant aimé cette mise en scène et la parfaite direction d'acteur, alors que ce spectacle, sa forme, ne correspond en rien à ce que je connais théâtralement parlant?
J'y ai vu comme un grand poëme épique onirique d'une beauté inouïe, comme un tableau en mouvement avec une gestuelle d'une grâce absolue, des mimiques retenues et pourtant expressives, comme le tableau en mouvement d'une Reine au pouvoir absolue, masquant à tous propos sa profonde sensibilité d'une façon indicible.
Dans une ambiance de clair-obscur à la Rembrandt, provoqué par cet éclairage sublime à la bougie on est tout de suite transporté dans l'univers irréel des icônes qui peuplent nos rêves. Elizabeth R., devenue mythe sous la palette de son interprète Christine Narovitch et celle de son metteur en scène Charles, comme le sont les grands personnages lyriques! Et le personnage de l'homme, tenu par Charles, aussi m'a beaucoup intéressée. A la fois fidèle courtisan et manipulateur, il m'est apparu d'une étrangeté diabolique. Sa danse avec Elizabeth, à la fois baroque, inquiétante et drôle (quel paradoxe!) m'a enchantée. Et puis que de grâce dans ses déplacements, comme un glissement ensorcelant devenu musique par ses mains.
J'ai aussi beaucoup pensé à la poëtique d'un François Villon, aux chansons de gestes du Moyen-Age, aux fantômes qui hantent la nuit les musées.
Je n'avais rien lu des intentions du metteur en scène, j'ai simplement laissé courir ma sensibilité tout au long de ce spectacle d'une grande hauteur. 
Danièle Fouache.

Saturday, December 21, 2013

Une deuxième répétition très-shakespearienne. A la bougie, of course.


Après une première répétition publique de notre prochain spectacle sur les sonnets de Shake-speare, Magister artium noster, Charles, en redonne une autre le quinze décembre. Voici ce qu'il en ressort, de quatre yeux attentifs et vigilants, dont deux qui ont déjà narré cette aventure formidable:

Nous y revoilà.
Cette fois bougies, costume et maquillage sont là pour nous donner l'ambiance.
Le travail accompli depuis le 24 novembre est remarquable.
Le programme, clairement inscrit sur une feuille qui nous a été distribuée, a trouvé son équilibre.
La diction des poêmes en français est claire, les jeux de regard, soulignés par le maquillage shake-spearien et baroque, convaincants, et le ralenti des mouvements en accord avec l'atmosphère générale.
Seuls pèchent encore l'occupation de l'espace, ou plutôt les déplacements encore par trop linéaires.
Mais le spectacle est déjà là et nous avons hâte de le voir au théâtre.
Christine, notre éternelle et bien-aimée Berma.

Loin du froid de décembre, c’est au cœur des locaux parisiens de la Compagnie Oghma, tapis dans la crépusculaire, mais néanmoins chaleureuse et intime lueur des bougies, que débute la seconde répétition publique du prochain spectacle de la Compagnie, sur les Sonnets de William Shake-speare, To.The.Onlie.Begetter.
Rompant le silence paisible qui règne dans la pièce, un premier air de luth fait déjà entendre au spectateur ce qu’il lui sera dit plus tard, sans que les mots ne soient nécessaires. De confidence en confidence, Shake-speare lui-même nous apparaît, parfois à genoux sur le sol, s’adressant directement à celui qu’il aime et qu’il souffre de trop aimer.
L’expression d’un amour malheureusement non rendu transporte alors chacun dans son jardin secret.
A différentes échelles, les mots prononcés ont, en effet, un écho par trop familier. Au fil des sonnets, on se laisse apprivoiser, tandis que le texte nous berce doucement jusqu’à notre passé, notre présent, notre intimité. La distance qui nous sépare de la scène devient alors de plus en plus infime.
Du français à l’anglais, l’amour n’a plus de langue, il se fait comprendre sans peine. Cependant, le calme a cessé : les paroles se font moins tendres, l’agitation et la colère sont palpables, la vérité sort enfin de son lit. Après une dernière et douloureuse déclaration, l’acteur quitte la scène.
Le spectateur demeure alors quelques instants encore dans la salle, auprès des bougies, en silence, se demandant qui est celui dont l'histoire vient d'être racontée : celle de Shakespeare? celle de l'acteur, c'est-à-dire de Charles lui-même? Ou bien tout simplement la sienne propre?
Annabelle, œil juridiquement bienveillant.

Monday, November 25, 2013

Shakespeare en première répétition publique.


L'après-midi du dimanche 24 novembre, Charles nous ouvre les studios parisiens de la Compagnie pour une première répétition publique du spectacle qu'il va donner en février, et qu'il travaille depuis plusieurs mois déjà.
Un tabouret, un pupitre et un luth voguant sur un tapis comme sur un radeau. C'est ainsi que m'est apparu le cadre dans lequel Charles s'est installé pour nous donner cette lecture des Sonnets de Shakespeare.
Un petit programme nous avait été distribué avec un titre en anglais que je ne comprenais pas To.The.Onlie.Begetter. et qui veut dire Au seul dédicataire, qui est le titre énigmatique du spectacle, faisant référence à la mystérieuse dédicace qui ouvre le recueil des poëmes. 
Bon, il prend Willie son luth et en avant la musique!
Puis le premier sonnet en anglais avec diction et gestuelle baroque, très beau. Suit un poëme en français, en diction actuelle et avec des gestes esquissés, très beau. 
Puis se sont succédés morceaux de luth, parfois un peu longs (car la musique de cette époque me semble peu variée), et sonnets en français parfois dits d'une voix peu audible mais bien articulés.
Il y a un fil qui nous conduit aimablement, pas toujours assez tendu pour le moment mais ce n'est que question d'ajustement.Vers la fin deux autres poèmes en anglais nous ravissent.
A deux mois du spectacle, ce que j'ai vu et entendu est parfaitement convaincant bien que demandant encore des ajustements quant à la vocalisation du français, la longueur des morceaux de luth et les intervalles entre les sonnets lorsqu'il n'y a pas de musique.
Il est aisé d'imaginer l'atmosphère poëtique qui se dégagera de ce spectacle avec bougies, costume de scène et la navigation entre anglais et français, entre musique et parole.
Christine, œil fidèle.

Tuesday, March 26, 2013

De Passione Jesu Christi vox populi.

Dernière création de notre saison 12-13, La Passion les déchaînent, et les spectateurs l'évoquent.



Charles Di Meglio a achevé le 27 mars son cycle de Lectures saintes en déclamation baroque par celle de la Passion selon Saint Matthieu, accompagnée à l'orgue par Clément Couturier qui jouait une passion anonyme contemporaine de la traduction de l'Evangile utilisée.
La déclamation étant un art oratoire à vocation spectaculaire, d’aucuns pourraient se demander comment inciter un public jeune et souvent déconnecté de la religion à assister à de telles présentations? Il leur aurait suffi de se rendre à Saint-Roch mercredi soir dernier pour dissiper leurs craintes et interrogations.
L’ambiance à elle seule revêtait un intérêt fascinant. Mais si la célèbre paroisse des artistes dans laquelle repose Corneille impose déjà par son architecture, la mise en scène soigneusement préparée par la Compagnie Oghma a beaucoup participé à ancrer le texte dans une réalité spatiale appropriée. C’est en effet dans des lumières artificielles closes, un éclairage ensorcelé par quelques bougies, qu’on a pu prendre place au sein du chœur, où un silence religieux s’est installé de lui-même.  Charles a alors pris place devant le maître-autel et sa croix, après quelques pas détachés, dans un style qui annonce lui aussi d’emblée sa couleur: baroque. Sa voix puissante et pénétrante, continuellement rythmée, ponctuée par instants par les vibrations de l’orgue, charmait nos oreilles. Mais les bonnes surprises ne se sont pas arrêtées là. Pendant la déclamation, brusquement, certaines personnes du public se sont levées de concert, et prenant ensemble la voix du peuple, ont réclamé la libération de Barabbas et la crucifixion de Jésus. L’effet était saisissant, mais pas encore à son apogée: le moment le plus envoûtant s’est trouvé être celui où Charles s’est mis à chanter, sa voix résonnant en nous aussi bien que dans les hauteurs de Saint Roch, et ce, même après son départ de l’estrade, dans une démarche toujours baroque, jusqu’au bout, dans le noir.
Ce tableau ainsi dessiné, comment répondre autrement à l’initial questionnement que par un unique mot? Car si la déclamation baroque de Charles a su attirer la passion d’un public si varié, c’est bien parce qu’il s’agit d’Art.

Olivia Chironenvoyée spéciale à Saint-Roch.


Les Rameaux. L'entrée dans la Semaine Sainte. Semaine aussi riche que difficile pour tout chrétien, liturgiquement marquée par une quadruple lecture de la Passion du Christ: d'emblée, Saint Matthieu, puis du mercredi au vendredi, Saints Marc, Luc et Jean.
Cette année pourtant, ma montée vers Pâques s'est ouverte, avant même la lecture de l'heureuse entrée du Messie à Jérusalem acclamé par la foule, par une présentation à la fois plus dure et beaucoup plus grande.
La Compagnie Oghma a en effet pris le soin de clore le crescendo théologique et mystique de son cycle des Lectures saintes par l'apothéose de la Très-Sainte Passion de notre Seigneur Jésus-Christ, selon Saint Matthieu, dans la traduction port-royaliste de Louis-Isaac Lemaître de Sacy, l'accompagnant à l'orgue par la partition d'une Passion anonyme du dix-septième siècle, conservée à Uppsala en Suède.
Je laisse le lecteur se faire une idée de cette présentation via la description qui suit, qui ne se veut ni exhaustive ni neutre, puisqu'elle est mienne.
N'est-ce pas propre à l'Art et à la Foi que de connaître une perception personnelle et une réception exclusive en chaque individu? Imaginez donc ce qu'il en est lorsqu'ils sont mêlés!
Dimanche après-midi régnaient pénombre, lueur de bougies et silence, propices à l'apaisement et au recueillement, dans la chapelle attenante à la basilique Sainte-Clotilde; lorsqu'est entré Charles avec lenteur, rapidement suivi de la fanfare du plein jeu des orgues enlevées de Clément Couturier.
La douceur, la gravité, la violence et la douleur ont alors tour à tour envahi l'espace, à travers la personne de Charles, la musique et le chœur.
Le texte transportait Charles, qui portait quant à lui l'esthétisme de la déclamation baroque. Appuyé par la profondeur de l'orgue, le caractère mystique de l'ensemble a pu se prononcer, jusqu'à se lire sur le visage des personnes présentes.
Quelle meilleure façon de forcer l'écoute du chrétien blasé que tant de profondeur?
Quel chemin plus efficace que cette transcendance pour faire pénétrer la beauté et l'Amour du geste sacrificiel de l'Agneau au cœur fermé du profane?
Nul besoin dimanche de croire ou même de douter pour cerner cette indicible profondeur, cette vérité qui nous dépasse.
C'est cela, la Foi. Elle se caractérise par la remise en cause permanente.
En cette Semaine Sainte, courrez assister à la présentation de mercredi soir à Saint-Roch; et ayons l'humilité de se reconnaître plus petit que ce Mystère.

Aliénor de Mandat Grancey, une de nos terribles choristes.

Monday, December 3, 2012

De Augustino secunda vox populi.

Après l'assistance présente à Sainte-Clotilde en octobre, quelques uns de nos auditeurs du 23 novembre à Saint-Roch nous parlent de la première du cycle des Lectures Saintes, celle des Confessions de Saint Augustin.

Des pans de nuages s'enroulant autour des rayons dissymétriques de la lumière divine, une voûte éclairée par un envol d'anges, une Nativité sculptée aux personnages contournés et chargés d'émotion… On est dans l'esthétique baroque, dans le chœur de l'église Saint-Roch. Mais un éclairage minimal à la bougie, un lecteur sobre et grave, vêtu de noir… 
On est dans l'univers austère de Port-Royal-des-Champs, à l'époque de Mazarin.
Monté silencieusement dans la chaire, Charles Di Meglio commence la lecture des Confessions de Saint Augustin dans le style de la déclamation baroque, plus connu pour le répertoire musical. Sans un sourire. Les phrases sont gestualisées selon une chorégraphie précise et rigoureuse, toujours dissymétrique. Dieu: un doigt pointé vers le ciel. L'âme: les deux mains, une dessus, une dessous, enferment un précieux trésor au niveau du cœur…
Chaque mot prend tout son poids visuel.
C'est la diction qui surprend le plus, lente et appuyée, avec ces lettres que le français moderne a oubliées, ces s et ces r à la fin des mots, ces anciens oué pour notre wa: la foué, le roué… Malgré la beauté du phrasé, les premières phrases sont difficiles à suivre. En quelques minutes il faut réapprendre une langue perdue.
Mais l'étrangeté de cette langue redonne une force inattendue aux mots. A syllabes lentement roulées dans la bouche, la mystique prend une saveur puissante et charnelle. 
Je pensais faire une lecture, dit le comédien, mais le texte m'a complètement absorbé, il est entré sans effort, je n'ai pas besoin de mes papiers. Et la récitation solitaire dure une heure et quart! Charles semble totalement habité par son texte. Et c'est ce qui frappe le plus, cette résonnance mystique d'un siècle à l'autre…
Car le Saint Augustin du quatrième siècle, dans une émotion très-moderne, raconte une jeunesse dissipée, un vague mal-être, une grave maladie, le doute qui s'insinue, la fidélité de sa mère, le questionnement spirituel…
Enfin, je rentrai en moi-même, dit-il… C'est peut-être la phrase centrale. Peu à peu, il s'ouvre à une expérience mystique, il vit une conversion. Et dans sa recherche, il va se passionner pour les textes de Saint Paul, ce flamboyant converti du premier siècle, qui a connu le bouleversement du Chemin de Damas et trois jours d'aveuglement, avant de peu à peu comprendre d'autres textes plus anciens, guidé par le vieil Ananie. Et voilà qu'à dix-septième siècle, Arnaud d'Andilly ressuscite ces confessions dans une langue extrêmement forte, comme saisi à son tour. A-t-il vécu une expérience de conversion, je ne sais pas. Mais certainement ce port-royaliste a vu dans les Confessions le cheminement d'une âme solitaire, la revendication d'une liberté intérieure face à une Eglise alors toute puissante et souvent intrusive dans les consciences…
Malgré la querelle des jésuites et des port-royalistes au dix-septième siècle, querelle très-anecdotique au regard de ces expériences mystiques individuelles, je ne peux m'empêcher d'évoquer la conversion d'Ignace de Loyola, au seizième siècle. La jeunesse gourmande et insatisfaite, l'accident, la grande douleur du corps, l'entrée en interiorité, le cheminement, l'apprentissage du discernement, la conversion, aussi brutale que discrète et progressive…
Car ce texte, cette entrée en interiorité, poursuit son chemin au fil des siècles, comme un écho de  conscience en conscience. Quelle aventure personnelle Charles y déchiffre-t-il? Ce dont je suis sûre, c'est qu'il ne se contente pas d'un jeu d'acteur, et c'est ce qui rend cette lecture saisissante et bouleversante.




Christine de Pas.

Thursday, October 25, 2012

De Augustino vox populi.

La foule en délire alors présente nous parle avec émotion de la première des Lectures Saintes, celle des Confessions de Saint Augustin, à Sainte-Clotilde.



Ma première pensée a été: Oh min Gud, je vais regarder plus d’une heure de chants religieux bizarres?
Je ne suis pas croyante, je viens de Suède, je me débrouille plutôt pas mal en français, bien sûr, mais une traduction en français du dix-septième siècle? Come on! C’est avoir les yeux plus gros que le ventre, sans doute?
Mais je suis quand même allée, l’après-midi du dimanche 21 octobre, à la chapelle de Jésus-Enfant à Saint-Clotilde, et j’ai été surprise moi-même.
Pendant les 15 premières minutes d'adaptation à cette chose étrange, j'ai essayé, de me concentrer sur la compréhension des mots, mais après un certain temps cela me faisait presque mal aux oreilles, et j'ai décidé d'arrêter d'essayer de comprendre et de plutôt me laisser porter émotionnellement. Ce qui a beaucoup aidé:
Ce n'est pas toujours ce qui est dit qui est important, mais ce que cela donne à ressentir. Avec des gestes tirés des tableaux baroques, une voix qui fait vibrer les murs (et au moins a fait tomber une bougie du grand chandelier qui éclairait seul la chapelle), avec une passion comme s'il était possédé par Saint Agustin lui-même, avec une gravité et une profondeur dans chaque mouvement, une parole et un souffle formidables, Charles a livré une performance qui m'a même donné la chair de poule. Je me suis retrouvée, à un moment donné, à presqu’oublier où j'étais, comme si j'avais été transportée à l’époque baroque.
Donc, je conclurai en disant que la meilleure chose que j'ai fait a été de me laisser entraîner par la musique et la gestuelle de cette présentation en déclamation baroque, plutôt que d'essayer d’en comprendre le sens, ce qui a fait que j’en ai été touchée profondément.
Je ne crois toujours pas en Dieu, mais je tiens absolument à passer une heure à nouveau à écouter de la déclamation baroque (à condition que ce soit par Herr Di Meglio, bien sûr !).
Freya Hall, Viking téméraire.




C'est la première idée qui m'est venue à l'esprit en quittant le lieu du spectacle:
Pourvu que Charles ne me demande pas d'écrire mon ressenti sur son blog!
Cela me semblait impossible après ses lumineuses déclarations.
Impossible de décrire l'état — quasi mystique — où il nous a laissés...


Je ne pourrais même pas vous parler de l'intérieur de la chapelle, à peine vous dire qu'elle m'a semblé de style néo-gothique fin dix-neuvième.

Tout le reste m'a échappé. Le public aussi s'était effacé de ma mémoire.
J'écrirai pourtant quelques lignes. Pour Charles, parce qu'il m'est précieux.
Et que j'ai bien envie de lui faire ce plaisir.

Donc le voici qui apparaît.

Grincement de porte. Silhouette sombre.
Ses pas sont si furtifs. Les gestes de ses mains si délicats.
De lui, se dégagent à la fois une fragilité et une autorité certaine.
Il est là devant nous, Charles? Sans doute…
Mais je ne sais plus. Son regard est si sombre et profond, comme dévoré par quelque chose d'extérieur à sa personne…
Sa voix n'est plus celle que je connais. Je le sens habité par un mystère, une élévation, une spiritualité.
C'est une étrange sensation. Je n'ose presque pas le regarder tant son personnage m'impressionne.
Je suis intimidée, troublée par cet homme qui est là devant moi.
Sa voix transfigurée n'est plus la sienne.
C'est la voix de Saint Augustin, telle qu'on l'imagine, qui s'enfle et s'élève.
Tout à coup nous sommes transportés des siècles en arrière, à l'époque du père de l'Eglise.
Sa parole emplit la chapelle, lui redonnent pleinement sa fonction sacrée.
L'audience, suspendue à ses lèvres, est silencieuse, frappée au cœur par ce flot rugueux d'une parole baroque qui loue sublimement Dieu.
Mais voilà que le prêche s'achève, que la foule se disperse à regret.
Je m'en vais, moi aussi — sans aller vers lui comme je le fais d'habitude, trop émue, trop respectueuse pour risquer de briser le charme et le divin mystère qui plane encore sur la chapelle.

Agathe Le Bail, amie fidèle.

Wednesday, October 10, 2012

De la générale.

Deux de nos amis les plus estimés relatent la générale des Confessions de Saint Augustin, à la Chapelle de Jésus-Enfant (Sainte-Clotilde), où ils étaient.

Hier le monde était à l'envers.
Celle qui était habituée à être regardée, écoutée, critiquée se retrouvait sagement assise dans une belle chapelle parisienne pour regarder, écouter et critiquer.
En chaire: Charles Di Meglio répétait sa lecture des Confessions de Saint Augustin.
Quel texte! Les propos sur le théâtre sont bouleversants et tellement justes! Ce qui est dit de l'amour et de l'amitié est vécu, émouvant et tout cela pour nous exhorter à tourner le dos à cette vie terrestre. Pourquoi la vie nous est-elle donnée? Si ce n'est pour nous emmerveiller des beautés qui nous environnent et nous aider les uns les autres à surmonter les difficultés qui jalonnent notre chemin?
Mais revenons à Charles qui, spectral, monte en chaire, le geste sûr et très-éloquent, la voix timbrée, la prononciation surprenante de l'époque baroque donnant à entendre ce texte comme au dix-septième siècle. Il est Saint Augustin mais aussi et peut-être surtout ses relecteurs de Port-Royal et nous sommes pris par le récit de cette vie où les spectacles, l'amour, l'amitié partagent son coeur avec la crainte des pleurs de sa mère, ô combien nombreux, sur la perte de son âme.
Mon metteur en scène s'est mué en très bel acteur pour nous délivrer cette parole.
Il ne me reste plus qu'à attendre qu'il reprenne son rôle premier et me dirige dans Elisabeth Première d'Angleterre!



Christine Narovitch, notre Berma.




Formidable, au sens que ce mot revêt dans la langue classique, c'est-à-dire capable d'inspirer de la peur, c'est ce qui m'est venu en tête lorsque j'ai entendu Charles prononcer les propos de Saint Augustin traduits par Arnaud d'Andilly.
La gestuelle et la prononciation baroques, loin de créer une distance qui éloignerait les modernes que nous sommes, ou que nous croyons être, de ce texte, nous le rend au contraire étonnamment présent.
Une fois pris dans le tourbillon où se mêlent et même se confondent la voix et le corps de celui qui nous délivre ce texte tumultueux et le propos qu'il défend et illustre, il nous semble être à Port-Royal, lorsque ceux qui entendaient, qui défendaient ces textes, couraient les plus grands risques, à la fois face à la colère divine s'ils ne savaient pas les écouter et face aux autorités, dont ils sonnaient comme une condamnation.
C'est à une sorte de court-circuit que nous invite Charles, en nous mettant directement face à la résonance profonde et provocatrice de la voix des Port-royalistes.
Il ne faut pas manquer une occasion rarissime de l'entendre. 



Ivan P. Kamenarović.