la Compagnie

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Friday, September 7, 2012

Champagne!

Si naturellement nombreux sont les peintres qui me fascinent, aucun, sinon peut-être Simon Vouet, ne me touche autant que Philippe de Champagne — à tel point qu'il peut m'arriver de passer au Louvre simplement pour saluer Catherine Arnauld, m'extasier devant ses deux Cènes, me dolir devant la Vierge de douleur, et être tétanisé devant le Christ mort couché sur son linceuil.
C'est, si je puis dire, un peu mon peintre de chevet, auquel je ne puis m'empêcher d'emprunter des images — je l'ai fait pour la scène finale (entre autres) de Phèdre & Hippolyte, pour l'affiche de ma lecture de la Passion du Christ qui aura lieu en mars — et dont je m'inspire sans cesse, comme pour celle des Confessions de Saint Augustin (qui sera bientôt dévoilée en intégralité sur notre Facebook) — car même s'il n'a jamais peint cet épisode de la conversion du saint, la pose de notre poster boy Adrien Morin lui est infiniment redevable — sans parler de ma gestuelle pour les imminentes Lectures Saintes: posé sur une table à côté de mon pupitre déclamatoire, une monographie du peintre, toujours ouverte, dans laquelle je me plonge dès que j'hésite sur un geste, où ne trouve pas tout de suite comment signifier une idée parfois trop abstraite. Et toujours, me parvient la réponse, presqu'immédiatement, dans une de ses toiles aux mains si grâciles, aux visages si beaux dans leur fragilité.
Et pour cause: notre cycle reprend les traductions port-royalistes d'Arnaud d'Andilly et de Lemaître de Sacy — il me semble donc évident que le peintre de Port-Royal soit le seul à pouvoir apporter des solutions à ces énigmes! — là où Poussin, ou même Vouet seraient trop extérieurs, presque spectaculaires, et pourraient m'aider pour gestualiser des textes théâtraux ou narratifs, comme ceux de L'Odyssée, Champagne apporte cette subtilité intérieure du geste, pas avec un mysticisme renfermé, mais avec une précision fervente, qui correspond à ce que j'imagine d'une oraison de Saint-Cyran, ou d'un Solitaire en prière.
Définir plus précisemment pourquoi Champagne me touche tant serait y réfléchir, et donc rendre cette sensation formidable (à tel point que, quand j'ai trouvé le geste que j'y cherchai, je continue parfois à parcourir ma monographie, sans cesse surpris, souvent ému aux larmes en retombant sur un tableau que je contemple au lieu de retourner au travail) par trop intellectuelle pour qu'elle ait encore cette puissance exceptionnelle. Je ne préfère donc pas, pour y puiser toujours plus de forces pour tâcher de véhiculer au mieux celles des textes de Saint Augustin que je travaille en ce moment.
Charles.

Wednesday, July 11, 2012

De l'autre côté de l'affiche.

Thibault Delaire doit poser pour Charles, et être le poster boy du récit de la Passion, dans le cycle de Lectures saintes qu'il va donner la saison prochaine. Il sera le Christ, dans une photo inspirée du Christ mort couché sur son linceuil, de Philippe de Champagne.
Je l'accompagne. Ce sera ma première experience d'assistante photo.

On arrive en retard: 18h. On a fait la fête la veille et Thibault pense que Charles va lui faire une remarque. T’as pas trop une sale tête franchement, je le rassure sans lui lancer de fleurs: il est magnifique ce matin-là, avec sa barbe de plusieurs jours, parfait pour le personnage.

Thibault sonne à l’interphone, Charles nous dit qu’il descend. Il arrive avec son assistante Zelda. On fume une cigarette avant de remonter. On prend un café, et Zelda propose: On a qu’à lui mettre le latex ici!

Le latex, j’avais déjà vu, mais jamais travaillé. On lui fait des stigmates sur le corps, puis on se dirige vers le studio oghmiône pour maquiller le latex séché. Charles me lance: Attends je vais te montrer par où entrer. En effet, les bandes de tissu pour la mise en scène cachent entièrement la pièce. Epaisses et noires, elles recouvrent le piedestal, et montent jusqu’au plafond. En faisant le tour, j’ai la même sensation que lorsque je faisais des galas de danse et qu’il fallait passer derrière la scène pour en rejoindre l’autre coté. Je découvre la pièce et l’équipement: un énorme projecteur, un plus petit, une lampe de bureau pointée vers un réflecteur… Toute astuce est visiblement bonne pour parvenir au parfait éclairage.

Les rôles sont vite fixés. Charles est le master; Thibault, le modèle. Quant à Zelda et moi, nous serons les petites mains. On remet les tissus en place, on maquille Thibault, on s’occupe de l’éclairage. Zelda nous prend en photo pendant les préparations.

Les essais de lumière et de mise en scène sont un moment particulier. On écoute Charles, accroupi, qui nous parle avec un œil dans l’appareil posé sur le trépied. Moins de lumière s’il vous plait… Descends Zelda, son visage est trop éclairé… Ah pas mal, mais recule Thibault… Il lui tape sur la main pour la lui détendre. Interdiction de tendre le bras: c’est pas baroque, t’es malade! Ça me fait rire.

Charles finit de préparer Thibault dans la salle de bain, puis ils reviennent et le shooting commence. Grand silence, Zelda lutte pour maintenir le réflecteur dans la bonne position, un peu comme Thibault finalement, qui doit garder la pose, inspiration bloquée, et faire attention à ses mains. Il est beau. Je suis à la gauche de Charles, immobile; on n’entend que les clics. Parfois un ordre de Charles pour la lumière. Ok on va faire une importation.

Fin de la première session. On charge les photos sur l’ordinateur. C’est un peu long mais on discute. La concentration extrême qui régnait pendant le shooting est déjà loin. Les photos apparaissent, je vois celles des préparatifs et me dis que je suis très blanche et très moche. Thibault est magnifique. Les photos sont toutes différentes, Charles a tenté des choses, et il y a beaucoup de photos (prises en peu de temps finalement), il y a du choix. Je me dis qu’il réussit à faire des clichés très forts alors que l’on est au milieu d’un bordel de bouquins, où sont encore accrochés des restes du tournage de Lord Arthur Savile's Crime, et qu’on travaille avec des lampes de bureau. Des plis sur les tissus font rebondir la lumière, ça ne plait pas à Charles. On s’y remet.

Cette fois je suis chargée de tirer le tissu et suis collée au mur pour ne pas être dans le cadre. Quand la deuxième session commence, je suis au meilleur poste d’observation: Zelda, à genoux en face de moi, fixe Thibault, concentrée pour viser le bon endroit avec son rayon de lumière. Charles à ma droite, regarde le modèle à travers l’appareil. Je suis assise par terre et m’aperçois qu’on est tous au niveau du sol, silencieux, et que c’est quand même une scène étrange. A ma gauche, Thibault est sur le lit, et je pense être la seule de l’assistance à m’attarder sur son visage. Il fait ça plutôt facilement, ça me séduit…
Il faut dire qu'il a l'habitude. Il était dans Les Anges distraits, et Charles l'a pas mal photographié pour d'autres de ses projets.

Je suis impressionnée par leur professionnalisme. Je ressens presque le dédoublement de leurs personnalités. Ils sont potes, je le sais bien, une seconde avant le premier clic et une seconde après le dernier, on rigole comme d’habitude. Entre les deux, la hiérarchie de nos rôles est pleinement respectée par tous. Naturellement.
Je me sens ignorante, mais à l’aise: l’ambiance est cool, Charles n’est pas contre nos avis, et nous nous soumettons à ses ordres alors que ce n’est franchement pas notre genre à Zelda, ni à moi.

Fin de la deuxième session. Les photos sont vraiment belles. Thibault: C’est quoi à gauche sur celle-là? Charles: C’est Mélo. Thibault me regarde, sourit et m’embrasse. Le résultat convient à Charles, on est bon.

Zelda décide alors que l’on va s’amuser un peu. Elle nous fait prendre des poses effrayantes ou saugrenues, je m’essaye à la main baroque sous les instructions précises de Charles... Drôle, quoiqu’un peu gênant. L’œil de l’appareil me met assez mal à l’aise. Pourtant certaines photos s’avèrent intéressantes! Comme quoi…

Belle expérience. J’espère avoir été utile à Charles, et suis quelque part assez fière. Je me sens impliquée dans ce projet (trop sensible…). Déjà hâte de voir le résultat.
Mélodie Dahi.


Tuesday, May 15, 2012

Photo de famille.

Même si notre saison prochaine va rester un secret quelques courtes semaines encore, difficile de résister à l'idée de vous en dévoiler un léger avant-goût, avec cette photo de famille (magister artium noster fecit) où vous reconnaîtrez naturellement et sans peine Zizine et Ragnar encadrant notre poster boy August Håkansson.
Non, nous ne vous en dirons vraiment pas plus. 
Mais le premier qui devinera de quoi il s'agit gagnera peut-être une place à l'une des représentations du spectacle en question!
En attendant, pour être les premiers informés, soyez certains d'être inscrits à notre newsletter qui vous en dira tout dès que ce sera officiel.