la Compagnie

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Thursday, January 12, 2012

— — at last! (bis repetita)

Ce que nous attendions tous depuis bien trop longtemps déjà, c'est-à-dire le DVD de Lord Arthur Savile's Crime, un film muet en anglais de Charles Di Meglio d'après Oscar Wilde, avec, entre autres, du champagne, de vieilles femmes, des gens tous nus, Thomas Lajudie, de vieux dégueulasses, de l'opium, de l'amour, Giulia Dussollier, un peu de sexe, le Times, Venise, Arthur Perier, des masques, une gondole, Christine Narovitch, des machines-à-gros-plan, des effets visuels très-spéciaux, du noir et du blanc, des majordomes,  sort aujourd'hui, dans un digipack formidable.


Au programme — en plus du film présenté avec une bande originale de l'Ebo, interprétée par les violes de gambe de Marie-Suzanne de Loye et Mélusine de Pas — quelques suppléments plutôt exaltants, que nous vous avons patiemment concoctés avec le monteur du film, Quentin Dany:

— une interview du metteur en scène,
— des extraits des storyboards originaux,
— une bobine d'actualités réalisée par Pierre Dupont sur la projection en avant-première du film,
— la bande-annonce d'ycelui.

Il est vivement conseillé par nos égéries, Mesdames Michu et Pustule, de vous hâter de contacter la Compagnie pour commander votre exemplaire exemplaire.

Thursday, October 6, 2011

Le Crime de la Pagode.

Samedi premier octobre 2011 – Midi.

On devrait toujours se méfier des somptueux jours d’automne qui ressemblent à des jours d’été. On arrive en toute insouciance, le pied léger, cheveux au vent, humant l’air de la rue de Babylone inondée de soleil, sous le dais d’azur pur d’un ciel exotique. Paris est calme, presque campagnard. On ne se doute de rien, pauvres innocents que nous sommes. Le nom même de la rue aurait pourtant dû nous mettre la puce à l’oreille: Babylone, là où le ciel et la terre cherchent à se rejoindre. Nous marchons sans y penser sur les ruines d’un puissant royaume antique en déclin, nous avançons vers la décadence, nous allons sombrer dans la déliquescence et le pêché. Celui de la Grande Prostituée dont Saint Jean Baptiste cingle la belle Salomé pour mieux la repousser: Fille de Babylone! N’est-ce pas un assez puissant signal d’alarme pour nos oreilles sourdes?

Mais il fait beau, décidément. Les arbres du jardin de la Pagode frémissent et se parent d’or, et toujours aveuglés de plaisir, nous nous enfournons dans ce bâtiment insolite, tarabiscoté, magnifique, qui nous entraine vers Tokyo, Pékin, vers les grands arbres du Tonkin. La Mésopotamie est loin derrière nous. Place au vertige oriental, et aux fumeries d’opium. On en sent presque déjà l’odeur lourde et voluptueuse s’immiscer dans la salle qui s’éteint dans l’accompagnement subtil des violistes de l’Ebo, installées au bas de la scène. Sur l’écran, noir et blanc, un poing fermé s’ouvre lentement, dévoilant une main fébrile et coupable: celle d’un meurtrier. Les distances et le temps se renversent à nouveau. Nous perdons pied. Les vénéneux éclats orientaux se délitent dans les ténèbres des bas-fonds de Londres où rodent des assassins. Une arme blanche s’élève et s’abat dans la nuit. Jack L’éventreur penché sur sa victime? Celle-ci s’effondre sur le pavé gras d’une ruelle sombre et sale, parmi les déjections et les gravats. On devine des rats filant le long des murs lépreux, des filles de mauvaise vie tituber au coin des rues louches, des malfaiteurs s’évanouir sous le couvert complice de la nuit criminelle. La débauche règne partout. Des jeunes gens presque nus, couronnés de fleurs, barbouillés de champagne, se livrent à l’orgie dans une chambre où pendent des mousselines. Esprit de Teleny, es-tu là? Les mânes de Camille et de René s’exhalent dans un frisson de désir interdit… Le diable mène la danse, et tous s’agitent comme des marionnettes dont il est seul à tirer les fils.

Lord Arthur, jeune, beau, bien né, très dandy dans ses vêtements blancs, où se perd-t-il en ces rues malfamées? Vers quel destin court-il? Il va bien l’apprendre assez tôt, de la bouche édentée, répugnante, du grotesque homoncule qui a saisi sa main où son destin s’inscrit en lettres sanglantes. MEURTRE, ont prédit les lignes affolées. Que peut-on contre son destin? Lord Arthur tangue comme un homme ivre, trébuchant dans les escaliers noyés d’ombre, s’égarant dans le lacis des rues sombres.
Et si le dénouement du film n’est pas le même que celui de la nouvelle de Wilde, le metteur en scène, Charles Di Meglio a posé sur son adaptation son élégante signature. C’est lui aussi qui a décidé que son film serait muet, illustré de panneaux indicatifs en anglais, comme avant le parlant. Lui qui a pris le parti du noir et blanc, imprimant une vraie esthétique à ce film original, sombre et raffiné, semé de notes d’humour et de nombreux clins d’œil à Wilde.

Dans la salle, la musique de l’Ebo se tait, les lumières se rallument, des applaudissements fusent. On acclame le metteur en scène et les acteurs principaux qui montent sur scène : Thomas Lajudie, Christine Narovitch, Giulia Dussolier, Arthur Perier, tous saisis par une caméra inspirée, qui, dans son excentricité hilarante, qui, dans leur intimité menacée.

Dehors, le soleil surplombe toujours l’énigmatique Pagode. La foule des invités s’égaille dans le jardin, loin de l’East End victorien et des sordides ruelles londoniennes dont les effluves méphitiques se dissolvent dans les miroitements du jour. 

C’est fou ce que les émotions donnent soif! Allez, champagne pour tout le monde!
Danielle Guérin, One of Lady Gladys' guests.

Saturday, July 16, 2011

— — at last!

Après vingt-et-un jours de prises de vues, vingt heures d'images enregistrées, trente nuits blanches, quarante heures de dérushage, cent-cinquante heures passées devant des écrans d'ordinateur dans le noir, cinq effets visuels spéciaux impressionnants réalisés, deux scènes coupées, trente-six pages de journal de tournage griffonnées, vingt-trois post-its de notes scotchées sur le scénario, quinze décors construits, quarante costumes, dix chapeaux et coiffes et quatre boutons de manchettes confectionnés et portés, trente lessives, quarante chemises repassées et amidonnées, une machine à gros plans fabriquée et collée, décollée puis refixée, un pied de caméra cassé, trois ampoules grillées, un projecteur détruit, un cercueil dépêché, soixante-six avis de décès rédigés, onze lampes à huile remplies et allumées, mille deux-cents bougies consummées, deux kilomètres de papier d'aluminium dévidés, huit litres de fond de teint appliqués, trois kilos de poudre de riz saupoudrés, trois-cents paquets de cigarettes fumés, quarante-cinq bouteilles de champagne, deux d'absinthe, trois de gin et six-cents hectolitres de café englouttis, la Compagnie Oghma est fière d'enfin présenter la bande-annonce du deuxième film le plus cher de l'histoire du cinéma muet du vingt-et-unième siècle: Lord Arthur Savile's Crime, a study of duty.
Montage et étalonnage de Quentin Dany, musique réalisée par l'Ebo: Marie-Suzanne de Loye et Mélusine de Pas aux basses de viole et Benoît Beratto au violone.


Lord Arthur Savile's Crime, a study of duty
une co-production Oghma/TDMFilmProduktion
écrit et réalisé par Charles Di Meglio
d'après la nouvelle d'Oscar Wilde
avec
Thomas Lajudie
Christine Narovitch
Giulia Dussollier
Arthur Perier
Karl von Besten.

Sunday, April 10, 2011

Monter Lord Arthur.


Passer des heures dans une salle noire, tandis que le soleil irradie les rues parisiennes, devant des écrans qui diffusent en boucle les mêmes images, que l'on revoit sans cesse de différentes versions d'un même plan de quelques secondes — prise une, deux, quinze, vingt-six — peut sembler un activité fort incongrue.
Certes.
J'avais moi-même jusqu'à présent toujours considéré le montage comme une étape longue, pénible et douloureuse malgré sa nécessité, dans la création d'un film. Monter Les Anges distraits par exemple, avait été un calvaire, malgré l'exaltation que cela avait procuré.
Mais pour Lord Arthur Savile's Crime, le monteur fait son apparition dans le corps des métiers de la Compagnie. Et tout change.
D'avoir à ses côtés quelqu'un pour nous épauler, nous encadrer — nous mener même, car dans la salle de montage, même si le réalisateur prend les décisions les plus cruciales, qu'il décide des prises à utiliser, le monteur mène la barque, sait où il va, connaît ses machines, et ne tergiverse pas.
Rentrer les chutes dans les ordinateurs, attendre devant les machines ne devient plus une épreuve insurmontable car Quentin est là, à mes côtés, avec son œil vierge sur les images (que fatalement, après six mois de tournage je ne puis plus avoir), avec son regard perçant qui identifie tout de suite un petit problème technique sur une prise que j'aurais peut-être choisie pour un regard de Thomas, un mouvement de main de Christine.
Et avant de les revoir plusieurs fois pour choisir définitivement la prise que nous garderons dans le film, nous débattons déjà sur ce qui devra rester sur le sol de la salle, sur ce qui devra être fait — les raccords nous pourrons aménager, le rythme qui devra être donné à tel ou tel moment d'une séquence.
Non seulement c'est un gain de temps, mais aussi nos deux énergies, et nos deux regards sur une même chose se complétant, le film y gagne terriblement.
Nous montons tranquillement, au même rythme que sur le tournage d'une séquence par jour, dans les locaux déserts et calmes, aux horaires où nous y sommes, de Centreville Télévision, avec tout leur matériel pointu, et dont je ne sais pas me servir de plus de la moitié.
Les scopes vrombrissent, les écrans (quatre!) s'illument, Quentin tapote sur son clavier bigarré, et, progressivement, sans que je ne m'en rende trop compte, la séquence onze — la plus difficile sans doute tant à filmer, avec ses onze plans compliqués par ma présence devant la caméra, qu'à élaguer, avec ses plus de deux heures et demie de chutes (car, en plus de la photographie principale de la séquence, nous dûmes faire des retakes de quelques plans dont j'étais mal satisfait), que j'avais déjà raccourcies à une heure trente auparavant; celle qui enfin me donnait le plus d'angoisses car c'est une des plus importantes du film, et quoi qu'elle fût toujours claire dans ma tête, je me demandais si elle allait apparaître aussi intense que je l'espérai — se construit, se met en place, ressemble à quelque chose.
A la fin de la journée, la séquence est montée (pas forcément définitivement, car peut-être des retouches s'imposeront-elles quand nous aurons la totalité du puzzle assemblé devant nous), et nous pouvons la regarder, la découvrir finalement — car après des heures passées à joindre les différents plans, à les raccorder avec fluidité, fluidité qui se joue à un vingt-cinquième de seconde près, nous ne voyons plus que des détails.
Sans le son (puisque, rappelons-le, le film est muet), c'est vrai, même si satisfaits parce que tout coule avec fluidité, il nous est tout de même difficile de bien se rendre compte de la tension dramatique de la séquence, à laquelle son montage participe fatalement.
Alors, petite gâterie finale, nous lançons à plein tubes le mouvement d'une symphonie de Mahler approprié, et je ne peux me retenir de crier ma joie, ma surprise! Comme par miracle, grâce à l'agilité de Quentin magnifiée par les cuivres dirigés par Bernstein, tout prend une nouvelle dimension, une forme — et la bonne.
Thomas — ou plutôt non, justement, pas Thomas mais Lord Arthur Savile lui-même, se met soudain à vivre. Et ce qui n'était jusque là qu'une suite ininterrompue et répétitive de balbutiements devient vrai, une réalité pas seulement présente dans mon esprit.

Charles.

Wednesday, March 9, 2011

Five o'clock tea sur le plateau de Savile.


Il a sonné à la porte d'entrée, sa grande valise noire sur sa gauche, la mèche en bataille sur sa droite… ou l'inverse... Je ne sais plus.

Une Mary Poppins plus vraie que nature (mais sans parapluie et en pantalons!) faisait irruption chez moi avec sa valise magique. C’est fou ce qu’elle pouvait contenir, cette malle mystérieuse! Une caméra et son trépied, des projecteurs, des prises, des rallonges, des costumes, une théière, d’innombrables produits de maquillage, des mètres de tissu... quoi encore?
Abracadabra! Les accessoires apparaissaient l’un après l’autre et se posaient un peu partout, comme mus par une vie propre: sur une chaise, un fauteuil, une table. Ils annexaient l’appartement, l’apprivoisaient, le transformaient en décor de cinéma. Mais comment fait-on pour mettre autant de choses dans une valise? Il faudra que je me renseigne: ça peut toujours servir quand on part en vacances. . La mienne déborde toujours de partout!
On a poussé les meubles aux quatre coins de la pièce. Fixé la tenture sur les murs, au plafond. Où étais-je? Une alcôve était née au beau milieu du salon. Un petit boudoir fin-de-siècle. Je changeais d’époque et de planète. La magie continuait.
Giulia est arrivée un peu plus tard, suivie de près par Thomas.
Les choses sérieuses pouvaient commencer. Répétitions, directives. Charles s’était depuis longtemps transformé en metteur en scène, indiquant où chacun devait se placer, comment nous devions jouer la scène. Ah, très important: les regards! Et aussi l’expression des visages, le langage des mains. Chaque geste devait être précis. Nous écoutions, attentifs comme de jeunes élèves, fascinés par les explications de notre metteur en scène. Alors, nous arrivâmes à la scène cruciale du baiser… Attention, pas n’importe quel baiser! Ni osé, ni fougueux, comme en donnent les lèvres impudentes des amoureux d’aujourd’hui, qui laissent voyager leurs mains le long du cou, effleurant les épaules, et le corps voluptueux. Non! Que diable, nous sommes au siècle victorien où les fiancées sont virginales, où les amants s’autorisent à peine un baiser rapide et chaste, sous peine de censure immédiate! De la retenue, s’il vous plaît! Ou bien COUPEZ!
Mais attendez! Flashback! Car je n’ai pas encore parlé du maquillage et des costumes ... Du côté des costumes, tout va bien. Enfin, presque, car la robe de Giulia a besoin de quelques retouches à la taille et sous les bras. Pas de panique: super-Agathe est là, avec ses épingles de couturière et son habilité coutumière: quelques ajustements et le tour est joué. Oui, je sais, j’ai été magnifique, j’ai sauvé la production du naufrage, Giulia du désespoir, et Charles de la dépression nerveuse. Mais, ce n’est pas grand chose au fond, n’en parlons plus, ou ma modestie va souffrir…
Allez, passons au maquillage. Et là, on ne chipote pas : fond de teint blanc pour tout le monde, et n’ayons pas peur d’en rajouter! Charles passait l’inspection: Heu pas encore assez, Agathe. Je commençais à ressembler à un Pierrot lunaire. Et je n’avais pas vu Giulia, réfugiée dans la salle de bain! Son joli teint de pêche tournait couleur farine. Remarquez, cela se mariait bien avec l’ombre charbon dont Charles nous maquillait les paupières. Très noirs, les yeux. Et la bouche rouge. Très rouge. Mode vampire, tendance automne-hiver dans les Carpates.
Les coiffures, au contraire étaient sages: chignon de jeune fille pour Giulia, bandeaux à la Georges Sand pour moi (une trouvaille de Charles!)
Et puis… Moteur! On tourne!
Une musique envahit la pièce. Ai-je le trac? Je suis en tout cas concentrée sur mon rôle de femme de chambre. C'est un rôle très important que celui de femme de chambre! Si, Si je vous assure. Demandez à la Célestine de Proust, par exemple. Ou demandez à Charles, vous verrez...
Je sens que vous mourez d’envie de tout savoir sur ma partie. Allez, je vais vous faire une faveur en dévoilant le scoop, en avant-première: j’avance vers l’alcôve où se trouvent Lord Arthur et la jolie Sybil, et dépose modestement le plateau à thé devant eux. Instant délicat entrez tous, car Lord Arthur, dont je dérange le tendre aparté, me fusille du regard, tandis que sa fiancée me dévisage. Preste, je m’éclipse alors sans demander mon reste. Ça n’a peut-être l’air de rien, comme ça, mais ça demande beaucoup de métier et de délicatesse, croyez-moi. Et comme je suis douée pour improviser, j’ai corsé un peu la scène en ajoutant un petit gag de mon cru quand mes pieds se sont pris dans ma longue jupe et que j’ai failli me renverser contre la baie vitrée. La meilleure prise, a dit Thomas! Et, my God, je ne me permettrai jamais de discuter l’avis d’un aristocrate anglais!
Dans cette aventure, je regrette seulement qu’il n’y ait pas eu un autre cameraman pour filmer Charles en action. Que quelqu’un fixe sur la pellicule ses mots, ses gestes, l’étonnante rapidité avec laquelle il se glisse dans la peau de chacun des personnages pour nous indiquer les jeux de scène ; comment en quelques secondes, il prend une petite voix féminine et devient Giulia/Sybil, effarouchée: Oh ! mais que se passe-t-il, mais, oh ... Puis une grosse voix qui tonne au fond de la pièce parce que Thomas embrasse sa fiancée trop violemment: Arrgh, non, il ne faut pas, NON, NON!, ses indications, judicieuses, précises: Tend ta main vers elle qui sanglote — Ta main tremble, serre le poing... Tout un spectacle à lui tout seul!
Plusieurs prises, plusieurs baisers, quelques retouches entre les prises.
Moi avec mon plateau, en femme de chambre, Charles, sa caméra, cette voix si étrange parfois que je ne la reconnaissais pas, Lord Arthur et Sybil dans l'alcôve, la musique, qui continuait encore et encore de se répandre sur les murs.... Il y avait quelque chose d’irréel et d’enchanté dans le tournage de ce film dans mon appartement. Et quel film! Celui de Charles, mon précieux et fidèle ami. Que tous les Dieux du cinéma, s’il en existe, l’accompagnent.
Agathe Le Bail.

Tuesday, March 1, 2011

Un dimanche sur le plateau de Savile.


Il se préparait une expédition interlope ce dimanche 27 février dans un immeuble de l'ouest parisien.


Le Carnaval de Venise se déroulait exactement en même temps en deux endroits cette année… En la Sérénissime et dans les studios oghmiônes. Etrange.
Nous étions tous attendus en début d'après midi, juste après la messe. Nous — une bande formée au gré des choix obscurs de notre metteur en scène. Nous ne nous connaissions pas, les sujets arrivaient les uns après les autres.

Une table de gâteaux gisait là. Offerte.
On nous demande de nous mettre au travail, de nous maquiller les uns les autres. C'était la stratégie du maître pour nous connaître l'un l'autre, trouvant trivial de nous présenter lui-même… On installe le maquillage au mieux sur une table encombrée, fait couler un café.
Zelda tente de rassurer Adriel terrifié de devoir être maquillé. Annabelle filme et photographie l'activité frénétique de chacun. Nous étions tous guidés par ce désir, comme éthéré, de donner quelque chose de nous au maître, quelque chose de bon. Le satisfaire devenait presque un défi…

Nos costumes étaient savamment rangés sur un stoyak, étiquetés à nos noms, tracés noir sur vélin, d'une écriture calligraphiée surtout pour nous impressionner.

Et voici que Katia paraît soudain enveloppée dans le costume que portait Salomé il y a cinq ans, dans la mise en scène de Charles Di Meglio. Brusquement, je suis renvoyée à ce même rayonnement de beauté, ce même teint diaphane, ce même corps grâcile et harmonieux, ce même blond vénitien de la chevelure. Mais notre Katia n'évoquait jamais l'impudicité de la princesse de Judée, transie d'amour béat et baroque qu'elle était pour son Hippolyte, Quentin, qui portait la grâce que seuls connaissent les marbres grecs. Adriel, page terrible et digne de Cocteau, paré de sa seule beauté insolente et d'un flambeau. Timothée, ange cruel loin d'être distrait, devenu pour les besoins du tournage, l'incarnation douce et majestueuse d'un athénien lunaire. Gentiment séducteur, presque farouche.
Valentin était la Peste! La terrible Peste. Silhouette effrayante, avec son masque au bec sinistre. Sinistre au point que nous n'osions plus l'appeler autrement que par son rôle. Mais enlevez-lui son habit et vous découvrez un être attendrissant et réservé.
Nathalie, marquise envoûtante, affolante et pétulante n'a fait que jouer sur scène ce qu'elle est dans la vie. Celui qui tente de l'attraper a raison de le faire mais notre Pierre y parviendra-t-il? Heureusement que Mathieu, le cardinal à la robe de pourpre, est là pour les absoudre. Béni soit-il...
Quant à Thomas, le beau Lord Arthur Savile, il semble tout à fait connaître la musique. Même s'il doit se trouver mal, mimant la lassitude, l'escalier halloweenesque lui appartenait tout entier, et, sortis du cadre, nous le regardions tous, béats. Mais son opaline Chrystal, à qui il abandonne le bras, souffrira-t-elle de son départ inopiné?
Non, car heureusement, il y a Eléonore la discrète, dans sa robe couleur de feu. Désinvolte dans son rôle, elle ferme notre scène avec toute la joliesse qui est la sienne.
Je me souviens aussi d'Etienne, au noble porté de tête. Tout de nuit vêtu, son vêtement qu'ajoure sa chair couleur de lune lui donne un aspect éthéré. Il porte une dague ceinte à sa taille. Mais qui pourrait lui vouloir du mal?
La suave Zelda, dans sa robe de soie violine doublée de parme, jouait la femme légère. Attention, ne vous y trompez pas! Première assistante avant tout, elle bridait avec une fermeté de Spartiate toute notre petite troupe. Une Spartiate qui connaît bien le metteur en scène, qui sait parfaitement comment il fonctionne, qui prévoit ses réactions, les devance, nous protège aussi, de la terrible Colère dont on entend parler, et qui peut éclater n'importe quand, peut-être.

Que dire de moi? Bien plus actrice dans la vie que sur scène, je suis une sorte de Belphégor drapé de noir. Je multiplie les faux-pas, je m'embourbe dans les plis moirés de mon habit. Hélas, à force, je perds ma patience et ma bonne humeur.

Et puis il y a Charles, le maître, le père de toute cette folle aventure. C'est lui qui mène la danse. Charles qui est mon ami, est méconnaissable lorsqu'il travaille. Rigoureux et exigeant. Il est celui d'où la magie fait irruption. Les idées affluent chez lui avec le brio de celui qui est touché par la grâce.
Ce fut un dimanche pas comme les autres vous dis-je. Je ne sais plus si tout cela a vraiment existé ou bien si tout est né des arcanes de mon esprit délirant. Que Dieu ne tarde pas à me venir en aide dans un cas comme dans l'autre…
Victoria Cohen.

Monday, February 28, 2011

Monday, February 14, 2011

An early morning in the life of Lord Arthur.

Encore un œil neuf sur les coulisses du tournage de 'Lord Arthur Savile's Crime, a study of duty', avec Thomas Lajudie.

Saturday, January 8, 2011

A day in the life of Lord Arthur.


un œil sur les coulisses du tournage de 'Lord Arthur Savile's Crime, a study of duty', avec Thomas Lajudie.

Sunday, December 19, 2010

Lord Arthur investit mon salon!



Au secours ! Help !
Toujours à la recherche d’un crime imposé par un fol ukase du destin, le mystérieux Lord Arthur Savile, échappant à son créateur comme la créature de Frankenstein échappa au sien, est venu passer l’après-midi dans notre salon. Les faits se sont déroulés le samedi 18 décembre, Monsieur l’inspecteur. L’ambiance était parfaitement tranquille à l’extérieur. Paris se figeait dans l’attente silencieuse de la neige. Tout a commencé par un coup de sonnette, et quand j’ai ouvert ma porte, il était là, sur le paillasson, le chef de bande en personne, un nommé Charles Di Meglio, si je ne me trompe pas. L’œil sombre, la mèche noire, il trainait derrière lui une immense valise qui aurait pu parfaitement convenir au transport discret d’un cadavre. La malle sanglante contenait-elle le corps gonflé d’eau du malheureux Septimus Podgers ? Echoué au milieu du salon, l’énorme bagage commença bientôt à dégorger ses trésors. Un tas d’accessoires hétéroclites dignes d’un inventaire à la Prévert surgit du coffre au trésor : un trépied, une caméra, un clap, des spots, une lampe à pétrole en état de marche, un chapeau haut de forme, des gants, une jaquette noire, une élégante chemise blanche et sa cravate mordorée, un petit encrier, des feuilles de papier, des réflecteurs lumière, et quoi encore ? Pas la moindre trace de chiromancien occis, en tout cas. Au milieu du salon, dont l’élément dominant est, je dois le préciser, une grande bibliothèque couvrant deux murs, Charles, le grand maître de l’illusion, s’activait, faisant disparaitre des objets de mes étagères à mesure qu’il en faisait apparaître de nouveaux sur la table. Une photographie de Gérard Philipe, quelques verreries de Venise, un buste de Molière, furent ainsi escamotés sans pitié. Mais il ne suffisait pas de s’attaquer sans vergogne à mes maigres possessions, il fallait encore embarquer le digne David Rose dans la folle aventure, lui faire subir les outrages d’un maquillage tout en ombres et pâleur, qui transforma mon compagnon en austère bibliothécaire. C’est à ce moment-là, alors que volaient encore les pinceaux poudrés à blanc et que séchait à peine le fond de teint sur le visage transfiguré de David, que surgit le deuxième compère, en réalité le personnage principal. Un jeune homme paisible qui, ayant enfilé les vêtements de la malle, et subi à son tour le rite patient de l’application des poudres et du blush, se trouva vite transformé en un personnage élégant, surgi d’un passé qui a traversé tant les salons que les bas-fonds de Londres, Lord Arthur Savile lui-même (Thomas Lajudie), en quête de son implacable destin ! Action ! Le clap a retenti, la voix de Charles aussi. Nous voici partis pour trois heures de répétitions et de tournage. Accroupi près de la caméra, l’assistant (Pierre Dupont) note des chiffres sur ses fiches : plan 1 – prise 1. Plan 1, prise 2. On ira jusqu’à onze, allégrement. Coupez ! crie le metteur en scène. Elle est bonne ! Pas tout à fait quand même, puisqu’on recommence, encore et encore, jusqu’à complète satisfaction. Dans le salon transformé en portion de la Guildhall library, Lord Arthur, assis, se concentre sur la liste des noms des victimes potentielles. Il fait un tri dans ses relations. Qui sera l’objet de ce crime qu’il commettra par devoir, comme on se débarrasse d’une corvée, pour se conformer à l’arrêt du destin? Lady Gladys, pourquoi pas ? Charlus (tiens, un clin d’œil à Marcel…)? Le doyen de Chichester? Le sombre bibliothécaire apporte des ouvrages, un peu suspicieux, un peu hautain. On lui demande des livres étranges, qui sentent le souffre. Et voici qu’on le rappelle, pour lui réclamer d’une voix hésitante un livre plus compromettant encore : la Toxicologie d’Erskine. Tout cela est bien suspect… Le soir descend, la pénombre se glisse. Quelques gros plans encore et voici que le trio remballe, effaçant toutes ses traces.
Voilà toute l’affaire, Monsieur l’inspecteur. Je vous jure que j’ignorais tout des sombres desseins de mes visiteurs. N’imaginez pas que je sois leur complice ! Je croyais innocemment qu’ils tournaient un film… Si ça peut vous aider, j’ai quand même un indice. Je connais le nom de leur commanditaire. Un homme à la réputation fâcheusement compromise à ce qu’on dit : un certain monsieur Oscar Wilde.
Danielle Guérin.

Saturday, November 27, 2010

De l'éclairage à la bougie, et de Vénus en fourrures.


Le tournage d'une des séquences clés de notre film, où notre héros, perdu, hypnotisé par ses pensées qu'il ressasse depuis plusieurs jours, prend une décision qui va faire basculer le film, a sans doute été, pour moi, une des plus belles journées sur le plateau de Lord Arthur Savile's Crime.
Je voulais une scène d'un intimisme presqu'indécent, qu'on n'ose qu'à peine regarder ce qui nous est montré, dans un plan que je rêvais digne de Dreyer, de La Passion de Jeanne d'Arc, lorsque Falconetti relève lentement la tête qu'on vient de couronner de sa pitoyable couronne de jonc tressé, du dernier plan Michael, lorsque le jeune homme apprend la disparition de son mentor, un plan qui m'a bouleversé la première fois que je l'ai vu, sans que je pusse encore savoir pourquoi.
Thomas et moi étions seuls sur le plateau, sur lequel plannait en boucle la très-lancinante Venus in Furs des Velvet Underground — une chanson qui m'est apparue comme une évidence, il y a quelques jours, et qui, en la récoutant, à clarifié toute la scène dans mon esprit. Seuls, Thomas sur un lit encadré de draperies damassés et pourpres, dans un peignoir bordé de peau de léopard, moi, plus loin, derrière la caméra — Arthur, Thomas, étaient donc isolés, confrontés à leur seule fragilité grâcile.
Tout autour de mon acteur, et nous séparant, plus de six-cents bougies, et trente mètres de papier d'aluminium, suspendu au plafond, sous les bougies, pour mieux réflechir la lumière.
Car je ne voulais aucune lampe électrique pour cette scène — pour plonger d'avantage Thomas dans son monde, plus encore que ne le permettait déjà la musique, et pour en rendre l'aspect bien plus irréel, ce qu'une ampoule, avec sa précision, n'aurait pas permis.
Les flammes oscillaient, baignaient le studio d'une chaleur apaisante, faisaient trembler les reflecteurs dans un doux bruissement, et Lou Reed entraînait calmement Severin dans sa terrible luxure.
Nous étions hors du monde, du temps, concentrés mais détendus, et la caméra tournait sans que je ne l'arrête entre les prises (dussè-je m'en mordre les doigts au montage), pour ne pas interrompre ce qui se passait.
Bien que vidés à la fin de la journée, nous étions heureux, détendus, doux et tranquilles.
Charles.

Wednesday, November 3, 2010

Une journée sur le plateau de Savile.

Premier novembre 2010. Charles m’invite à passer une journée sur le tournage de son film Lord Arthur Savile’s Crime.
Pour moi qui n’avais aucune expérience de cet ordre-là, je dois dire que j’ai été enchantée par le décor sombre et effrayant sur lequel nous tournions ce jour-là, et cette atmosphère toute particulière que Charles a su créer.
Et heureusement que j’étais là! — car la première assistante était ce jour-là très indisposée et ne pouvait venir. J’ai donc bien sûr mis la main à la pâte pour finir de mettre en place le décor, ce qui a occupé une bonne partie de la matinée: même si l’essentiel était prêt, restait à remanier une myriade de petits détails, installer les quatre-cents bougies qui éclaireraient la scène…
Même si, en bonne Cosette, je n’ai pas pu résister à la tentation me plaindre de mes petits doigts meurtris par l’allumage des bougies, je me réjouissais de l’avancement de mes travaux et de ceux d’Alexis, un autre assistant de passage. Progressivement, d’un couloir de cave parisienne, nous nous transportions dans la sombre et glauque West Moon Street à Londres, tel que Charles se l’était imaginée, et où, sans aucun doute, il ne fait pas bon flâner!
Malgré moi, je me laissais peu à peu gagner par ce décor peu rassurant, que nous enfumions en permanence, avec un cocktail détonnant et très odorant d’encens tibétain et de charbon, ce qui rendait l’atmosphère de plus en plus pesante et irrespirable (tant pour nous sur le plateau, que bientôt à l’image). Et lorsque Charles éteignit les lumières électriques, j’ai été saisie de terreur, à l’aspect de la rue voûté, plongée dans une semie-pénombre.
Une fois la préparation du décor terminée, le planning prévoyait de tourner deux scènes situées au début du film, sans acteurs, découvrant la rue, en travelling avant. Me voilà donc, poussant Charles sur un chariot pour qu’il puisse filmer lentement et rendre encore plus angoissante cette sente peu avenante.
Le nombre de prises a été...conséquent!
Je plaide coupable pour une grosse partie d’entre elles. Mais je crois qu’en fin de compte, Charles a tout de même eu ce qu’il désirait. C’est l’essentiel.
D’heures en heures nous avancions dans la West Moon Street, filmée dans tous ses recoins. Thomas, l’interprète de Lord Arthur, d’une ponctualité terrible, nous trouva un peu en retard à son arrivée — nous ne nous apprétions qu’à tourner la deuxième séquence! Mais la scène est bouclée plus rapidement que la première, et Charles peut répéter avec son acteur. Ils avaient déjà vu la scène ensemble il y a quelque temps, et déjà au bout d’une heure Thomas atteint ce que cherche Charles, malgré des indications parfois un peu ésotériques : ‘Là, tu essaies de rentrer dans le mur. Et tu marches comme sur des œufs…
Une fois Thomas maquillé et paré de son costume pour la scène, le moment était donc venu de tourner la séquence la plus attendue de la journée. Qui a naturellement été la plus difficile à filmer.
La fatigue se faisait ressentir au fil des prises, éprouvantes pour Thomas qui s’efforçait d’oublier les bruits alentour et le passage derrière la caméra de passants intrigués ou alarmés par l’odeur de fumée, dans cette scène très exigeante physiquement pour lui, et lui demandant une énorme concentration.
Mais quand Charles a enfin crié ‘Elle est bonne, on la refait!', bien que soulagée, j’étais aussi un peu déçue que bientôt le tournage s’arrêtât là pour moi.
Nous avons rapidement rangé le décor, et j’ai laissé Charles, Thomas et Alexis mettre en boîte la dernière séquence de la journée, devant filer.
Sur le chemin du retour, le tournage n’a pas quitté mon esprit. Ni mes habits d’ailleurs! De la tête aux pieds, j’étais couverte de cire et j’avais l’impression d’être entourée du nuage de charbon et d’encens, malgré l’air froid et revigorant du soir.
J’ai beaucoup apprécié cette expérience, toute nouvelle et divertissante qu’elle était, et j’espère vivement assister de nouveau à ce tournage complètement dingue, si la Compagnie Oghma me fait l’honneur de m’inviter à nouveau!
Annabelle Divoy.

Sunday, October 24, 2010

Deux scènes en boîte.

Nous avons tourné hier deux scènes très courtes du film, où l'on voit Lord Arthur, notre bel héros, lire le journal à Venise, y cherchant désespéremment l'annonce de la mort de sa tante.
C'était donc à priori très simple, mais c'était sans compter sur la difficulté technique de filmer une gondole dans une cour d'immeuble parisien. Car, le décor était beau, marchait sur le papier, et tout était prêt pour l'impression de la pellicule. Sauf que voilà, le décor en question s'est entièrement démembré et disloqué deux heures avant le premier tour de manivelle du film — sans parler de la caméra qui ne s'est pas privée de quelques petits problèmes techniques, après que mes assistants angéliques et salvateurs aient réussi à tout remettre sur pied à temps. Mais que serait un tournage sans accidents effroyables qui font rire nerveusement le metteur en scène désespéré?
Et puis nous avons réussi à tout filmer comme je le rêvais, tout au final, a fonctionné à merveille, la vengeance de l'équipe sur la gondole a été terrible une fois la scène en boîte — et Thomas Lajudie, notre Arthur, est parfait, tel que je savais qu'il le serait.
Vivement la prochaine journée de tournage, le premier novembre, pour de nouveaux imprévus!

Charles.

la destruction du décor par l'équipe technique, une fois la scène bouclée. Il l'a bien cherché!