la Compagnie

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Tuesday, October 7, 2014

Presidentens Ordet.

Une nouvelle rentrée pour la Compagnie Oghma! 

Du sang neuf cette année, parmi les comédiens comme parmi les administrateurs de la compagnie, le traditionnel Mot du — nouveau — Président s'imposait donc… 

Des visages nouveaux à la Compagnie, mais toujours autant de bougies! Et pour cause, comme l'année dernière, trois spectacles vous permettront de nous suivre tout au long de la saison. Une programmation riche, puisqu'elle comporte deux créations, toujours aussi éclectique avec du théâtre et un concert. Une particularité nous autorise à mettre toutefois plus particulièrement — et tout aussi modestement que par le passé — cette saison-ci en avant: car elle sera placée sous le signe du burlesque.
Le rire et le baroque, à la Compagnie Oghma ça n'est pas incompatible et ça fait d'ailleurs des années qu'on s'amuse franchement avec nos bougies et nos violes de gambe. Mais cette année, c'est vous que nous avons décidé de faire rire avec une programmation un peu particulière, concoctée par Magister artium noster autour de la frivolité, de la satire, de la légèreté, peut-être de la grosse marrade. Ce sera à vous de décider et vous aurez l'embarras du choix à travers nos trois spectacles dont il est peut-être temps de vous dire un petit mot. Rrrroulements de Ragnar (le tambour renaissance de la Compagnie): 

Une reprise, d'abord. Une semaine c'était trop court, alors la Reine Vierge revient dès demain et tous les mercredis au Théo Théâtre jusqu'au 17 décembre! Elizabeth, R. pour les intimes dont nous espérons maintenant faire partie, femme d'exception incarnée par Christine Narovitch dans la superproduction que vous êtes déjà nombreux à être allés voir l'année dernière. Une reprise enrichie d'un texte toutefois, que les soutiens les plus fidèles de la compagnie ont été invité à découvrir samedi lors de notre première répétition publique de la saison. Un spectacle qui aura ainsi pu murir pendant l'été et augmenter encore en profondeur et en intériorité, sans perde de ce qu'il dégageait déjà en majesté — car mes souvenirs, quoique presque lointains, demeurent pourtant vivaces, grâce à la puissance de cette convocation parmi nous, pour vous et par nousde la Reine Vierge. 

La Courante ensuite, le concert de la saison, au mois de janvier mettra naturellement la viole de gambe à l'honneur, grâce aux musiciennes de l'Ebo, l'ensemble instrumental de la compagnie, dans des œuvres de Sainte-Colombe le fils. Entre ces pièces s'intègrera la déclamation de textes tirés d'un opuscule (fatalement dédié au confesseur du Roi, ce qui en accroît l’ironie) miraculeusement dégotté par Magister artium noster, satires irrévérencieuses, en vers naturellement, des codes et formes de la poësie galante du Grand Siècle, par des poëtes galants du Grand Siècle. Et vous aurez l’occasion de découvrir Mélusine dans une belle robe rose et Charles devenu pour l’occasion tout blond!

Léandre et Héro, enfin, de février à mars. Une satire, encore une fois, par Scarron, du mythe tragique de Léandre et Héro. Les amours de la jeune et belle Héro et du beau et jeune Léandre, présentées par la Compagnie dans sa grande création de la saison, à travers les codes codes baroques revisités par le poëte. Léandre et Héro fait partie de ces mythes — que nous refusons d'abollir — auxquels la Compagnie a toujours été attachée… alors inutile de vous dire qu'on sauté sur l'occasion! L'occasion nous a d'ailleurs permis de grossir nos rangs avec Elsa Dupuy qui est déjà familière de ces codes spécifiques et Ulysse Robin, qui, lui, a entamé une formation il y a déjà plusieurs mois au sein de la Compagnie, découvrant l’exigence du baroque — car la formation fait aussi partie de nos préoccupations. Comme c'est la grosse production de la saison, on a en plus décidé de mettre le paquet et après avoir exhumé cette merveille oubliée de l'œuvre de Paul Scarron (le père du Burlesque et le premier mari de sa veuve célèbre ensuite) nos petites — et habiles — mains se sont déjà mises à l'ouvrage pour vêtir (pas trop!) nos jeunes amants des brocards les plus purs aux couleurs chamarrées.
Une saison riche donc, sur laquelle nous travaillons tous d'arrache-pied! Ce travail, nous vous invitons donc à le suivre lors de nos représentations… et aussi tout au long de l'année sur nos pages Facebook, Instagram, en vous inscrivant à la newsletter (boîte ci-contre) et, pour les plus curieux d'entre vous, en venant directement nous voir pendant nos répétitions publiques! 

A très bientôt donc, pour une saison nouvelle que nous vous souhaitons joyeuse, burlesque et baroque!
Alexandre Comolet, Président de la Compagnie Oghma.

Thursday, August 7, 2014

Une reprise pas comme les autres.

Une reprise, c'est généralement un peu plus facile qu'une création: on sait où l'on va, on connaît bien sa partition, ses déplacements, l'œuvre sur laquelle on travaille, et généralement le lieu dans lequel on jouera, et les surprises sont moins terrifiantes.
Cela ne veut pas dire pour autant que c'est ennuyeux, puisque cela permet de rectifier aussi quelques erreurs qu'on aurait commises lors de la première version, de revoir certains textes — comme ce sera le cas en octobre lorsque nous reprendrons notre Elizabeth R., avec un nouveau texte et des costumes plus détaillés — et, dans tous les cas, de revenir avec plaisir et hâte à un spectacle que l'on a aimé présenter, et que le public a plébiscité. 
Dans cinq jours, nous reprenons les Excellentes Inventions de Tobias Hume, créées en mars à Paris, et données il y a une petite semaine à Limoges, à chaque fois devant une assistance volubile en éloges.
Mais ce n'est pas qu'une reprise, avec son confort. Car si notre spectacle marque notre présence en Périgord pour la première fois, il nous donne surtout l'occasion de jouer dans le cadre plus qu'unique du château de l'Herm — un lieu qui me fait rêver depuis la première fois que j'y suis allé avec mon gran'père à moins de dix ans, le retrouvant depuis toujours avec la même joie, mais aussi la même crainte, tant revêtu de mystère qu'il est.
Un spectacle se doit de s'adapter à son lieu de présentation, et c'est un effort que nous faisons toujours, naturellement. Et là, il faut être à la hauteur de celui-ci — d'autant qu'il se prête plus qu'avantageusement à mon idée initiale du programme: tenter de retracer la vie d'un mercenaire anglais, soldat mais aussi compositeur, homme bravache mais qui se permet aussi de se laisser aller à sa mélancolie sans flagornerie, à travers sa musique et ses rares textes.
Pour l'occasion, nous devons revoir toute la mise en scène, l'adapter au lieu. 
Et si les deux musiciennes de l'Ebo, Mélusine et Julie ne me rejoignent dans notre fief que dans deux jours, quand commenceront effectivement ces nouvelles répétitions, les ateliers de la Compagnie sont malgré tout en ébullition, sciant, cousant, peignant — pour nous emparer du lieu tel qu'il le mérite, construisant, recréant tout à nouveau — car c'est finalement pratiquement un tout nouveau spectacle que nous proposerons, pour une présentation exceptionnelle. Nous sauterons partout dans le château, qui sera véritablement en état de siège comme au seizième siècle quand il a été construit, avec des soldats rôdant autour du donjon paré des couleurs de ses seigneurs (en l'occurrence les Calvimont), les explosions qui feront rage tout alentour, les flambeaux qui permetteront, stratégiquement placés, d'y voir assez pour défaire l'adversaire sans l'aider pour autant, noyé dans les brumes du champ de bataille fumant — au centre duquel la musique de Tobias Hume viendra résonner de sa force.
Enfin, après une visite il y a quelques jours dans le château déserté de ses nombreux visiteurs habituels, mon plan de bataille est prêt, et la hâte d'y être à nouveau est grande.
A lundi!
Charles.

Saturday, March 8, 2014

Le repos du guerrier.

Depuis la création de noter spectacle autour des sonnets de Shake-speare, début février, la honte nous fait avouer que nous n'avons guère été bavards.
Non parce que nous n'avions gran'chose à dire, mais bien au contraire, car nous n'avions pas une minute à nous!
Car, après les trois semaines Ile Saint-Louis, nous avons enchaîné sur la création parisienne des Excellentes Inventions du Capitaine Tobias Hume — un concert spectaculaire, porté par notre idole de toujours, qui est présent dans chacun de nos programmes, Tonton Tobias, donc — et Mélusine, Marie-Suzanne, Charles, leurs dix instruments et leurs quarante cordes ont déclaré la guerre à l'église protestante des Batignolles à Paris, plongée non seulement dans les lumineuses ténèbres de nos bougies, créant à chaque instant un nouveau tableau vivant de Rembrandt, mais aussi dans les affres du plus grand bain de sang de l'histoire de la musique ancienne. 
La guerre est finie, du moins pour le moment: nous avons créé le concert jeudi (7 mars), remis ça le lendemain.

Et si la bataille a été victorieuse, et le succès plus qu'au rendez-vous (au moins deux rappels par représentation, et des membres du public debout!), les soldats rentrent chez eux, dans leurs habits boueux et ensanglantés, heureux, fatigués, et remisent leurs épées, bannières, tambours à leurs places — pour les laisser reposer jusqu'à cet été, quand naturellement nous nous mettrons à nouveau sous le commandement de notre chef d'escadron, le Capitaine Hume, pour aller envahir le Sud-Ouest, mais aussi et surtout, quand nous nous enfermerons dans nos sombres retraites pour enregistrer ces inventions oxymoriques, et en faire un magnifique disque — le premier de l'Ebo!
Qui ne pourra évidemment se faire sans vous — c'est pourquoi nous lançons juste une grande campagne de financement par la foule, sur la sage plate-forme au nom du cri de l'animal de Pallas. Car, si un enregistrement de qualité, ça n'a évidemment pas de prix, ça coûte tout de même cher, hélas.
Mais chaque don, même le plus symbolique, compte.

Donc, pour user d'une modeste briéveté, et d'une courte expression, n'hésitez plus: comme les foules conquises aux Batignolles, permettez à tant d'autres de se laisser envahir avec joie, et aidez notre rêve aussi fou que notre Capitaine mercenaire, à se faire!
​D'avance merci.

Thursday, January 12, 2012

— — at last! (bis repetita)

Ce que nous attendions tous depuis bien trop longtemps déjà, c'est-à-dire le DVD de Lord Arthur Savile's Crime, un film muet en anglais de Charles Di Meglio d'après Oscar Wilde, avec, entre autres, du champagne, de vieilles femmes, des gens tous nus, Thomas Lajudie, de vieux dégueulasses, de l'opium, de l'amour, Giulia Dussollier, un peu de sexe, le Times, Venise, Arthur Perier, des masques, une gondole, Christine Narovitch, des machines-à-gros-plan, des effets visuels très-spéciaux, du noir et du blanc, des majordomes,  sort aujourd'hui, dans un digipack formidable.


Au programme — en plus du film présenté avec une bande originale de l'Ebo, interprétée par les violes de gambe de Marie-Suzanne de Loye et Mélusine de Pas — quelques suppléments plutôt exaltants, que nous vous avons patiemment concoctés avec le monteur du film, Quentin Dany:

— une interview du metteur en scène,
— des extraits des storyboards originaux,
— une bobine d'actualités réalisée par Pierre Dupont sur la projection en avant-première du film,
— la bande-annonce d'ycelui.

Il est vivement conseillé par nos égéries, Mesdames Michu et Pustule, de vous hâter de contacter la Compagnie pour commander votre exemplaire exemplaire.

Tuesday, October 11, 2011

Enregistrer Lord Arthur.

Aujourd'hui, nous nous attaquions à un grand ennemi personnel: le son.
Car si, lorsque nous avons créé la musique du film avec Mélusine et Marie-Suzanne, c'était en la pensant avant tout pour être jouée en direct pendant une projection, comme à l'époque triomphante du muet, il était évident que son enregistrement serait une étape obligée — ce serait tout de même un peu délicat pour l'Ebo d'être présent en personne à chaque fois que quelqu'un voudrait voir le film!
Donc, toujours dans les studios de Centreville Télévision où nous avions déjà monté de film, la Compagnie a installé ses pupitres et ses housses de violes pour une première séance de mise en conserve de cette fameuse musique qui accompagne les quatre-deux minutes de Lord Arthur Savile's Crime.
Le processus était évidemment quelque chose qui nous effrayait tous un peu, et l'exiguité de la cabine n'était pas pour rassurer mes chères musiciennes — et il nous en a fallu du temps, pour trouver la position la plus (n'allons pas jusqu'à dire confortable) pratique pour que les archets ne s'entre-croisent pas, que les casques ne tapotent pas bruyamment contre les têtes des instruments, pour que le jeu soit possible et pas entravé.
Pendant quel temps, Pierre Yokel, notre précieux ingénieur du son, d'un calme rassurant, d'un professionnalisme précis, et d'une discretion exemplaire, installait ses micros pour capter le son de chacune des violes le plus exactement possible.
Chacun s'étant confiné dans ses appartements, communiquant de micro à casque, le vaisseau spacial était prêt à décoller. 
Car il faut dire que, de part et d'autre de la vitre qui nous séparait, chacun avait l'impression d'être à la Nasa. Les filles dans une cabine dépressurisée, et Pierre et moi, devant le tableau de contrôle de la Discovery,  avec une myriade de boutons et de signaux lumineux multicolores s'étalant énigmatiquement devant moi.
Après des balbutiements nécessaires — liés à la nouveauté de l'exercice, à la difficulté de trouver une aise indispensable dans l'étroite cabine, des fous rires déclanchés par mon agitation de chef d'orchestre, rendue plus drôle à cause de la vitre insonorisante qui donnait à Marie-Suzanne l'impression de voir un poisson dans un aquarium — très vite, c'était reparti, et les improvisations (sur lesquelles nous avions décidé de concentrer la séance d'aujourd'hui, pour nous attarder sur les partitions la semaine prochaine) trouvaient un nouveau souffle, une autre ampleur, une profondeur enrichie.
Les prises filent, les heures de même, minuit se profile, et la moitié de la bande-son est en boîte.
Vidées, épuisées, terrassées, les musiciennes héroïques sortent presque titubantes de leur isoloir — mais nous sommes tous quatre enchantés de notre journée.
Et nous pouvons l'être, car je peux le dire sans modestie, nous avons fait des choses formidables (enfin, mes musiciennes et Pierre surtout!).



Charles.

Monday, October 3, 2011

Un film parlant.

Le silence était moins sur l’écran que dans la salle: ce film muet en anglais était superbement accompagné par une musique merveilleusement en phase avec l’image, sortant des violes mélancoliques de Marie-Suzanne de Loye et de Mélusine de Pas, quoiqu’elle vînt d’une époque lointaine qui ne connaissait pas les salles obscures. Les instruments baroques se marièrent parfaitement avec l’esthétique rigoureuse, jamais expressionniste, et forte de ces tableaux. Tantôt en eaux-fortes, tantôt en médaillons-camées, Charles Di Meglio nous invite dans sa nouvelle production à revisiter le cinéma muet, et par là toute la puissance du cinéma lui-même. D’où le silence ébahi de la salle, captivée par cette vision inouïe.
Et de toutes les lectures de l’œuvre bien connue d’Oscar Wilde, celle-ci, empreinte de non-dits, d’allusions, de citations discrètes adressées aux connaisseurs du célèbre dandy et d’improvisations audacieuses, est certainement la plus fidèle tout en étant la moins contraignante pour le spectateur.
Quel cadre plus approprié que celui de La Pagode, en cette merveilleuse journée d’un automne ensoleillé propice à ces après-midi qui n’ont jamais de fin ?
Jean-François Di Meglio, The important Man at the Funeral.

Saturday, July 16, 2011

— — at last!

Après vingt-et-un jours de prises de vues, vingt heures d'images enregistrées, trente nuits blanches, quarante heures de dérushage, cent-cinquante heures passées devant des écrans d'ordinateur dans le noir, cinq effets visuels spéciaux impressionnants réalisés, deux scènes coupées, trente-six pages de journal de tournage griffonnées, vingt-trois post-its de notes scotchées sur le scénario, quinze décors construits, quarante costumes, dix chapeaux et coiffes et quatre boutons de manchettes confectionnés et portés, trente lessives, quarante chemises repassées et amidonnées, une machine à gros plans fabriquée et collée, décollée puis refixée, un pied de caméra cassé, trois ampoules grillées, un projecteur détruit, un cercueil dépêché, soixante-six avis de décès rédigés, onze lampes à huile remplies et allumées, mille deux-cents bougies consummées, deux kilomètres de papier d'aluminium dévidés, huit litres de fond de teint appliqués, trois kilos de poudre de riz saupoudrés, trois-cents paquets de cigarettes fumés, quarante-cinq bouteilles de champagne, deux d'absinthe, trois de gin et six-cents hectolitres de café englouttis, la Compagnie Oghma est fière d'enfin présenter la bande-annonce du deuxième film le plus cher de l'histoire du cinéma muet du vingt-et-unième siècle: Lord Arthur Savile's Crime, a study of duty.
Montage et étalonnage de Quentin Dany, musique réalisée par l'Ebo: Marie-Suzanne de Loye et Mélusine de Pas aux basses de viole et Benoît Beratto au violone.


Lord Arthur Savile's Crime, a study of duty
une co-production Oghma/TDMFilmProduktion
écrit et réalisé par Charles Di Meglio
d'après la nouvelle d'Oscar Wilde
avec
Thomas Lajudie
Christine Narovitch
Giulia Dussollier
Arthur Perier
Karl von Besten.

Wednesday, April 13, 2011

Un éclair luit, un homme fuit, la mort suit. Meutre infâme d'une femme qui rend l'âme.


20h. La nuit s’attarde quelques instants avant de commencer à lentement tomber tandis que la plupart des parisiens soupent.
Déambulant à l’aventure dans cette soirée fraîche mais encore radieuse, me voilà dans une petite ruelle sombre, à l’abri des regards, ombragée d’arbres verdâtres et poussiereux, noyée dans une fine couche d’un brouillard hésitant.
Deux figures sombres s’embrassent tout à coup langoureusement devant moi, loin des passants. Et quelle étreinte! C’en était presque gênant, oppressant…
Etais-je à Paris, non loin de la rassurante maison de Balzac, ou bien m’étais-je tout à coup transportée dans les inquiétantes serpentes londonnienes?
J’avançai toujours quand, brusquement, l’étreinte se brise.
L’homme s’écarte.
Un éclair de lumière glacée.
Avant qu’il ne soit possible de se rendre compte de ce qui se passe, le bras de l’homme vole dans les airs, qu’il fend d’un sifflement aigu.
La femme tombe, agitée de spasmes, tandis que l’homme, reprenant sa canne s’en va tranquillement au loin.
Le sang coule à gros bouillons. La femme, terrassée, ne bouge plus, les pupilles dilatées.
Coupez! Elle est bonne, on la refait!
Ouf! Charles vole à notre secours, met fin à ce cauchemar.
Mélusine se relève, radieuse, souriante, s’essuie les yeux.
Kenji Isidor, à peine moins inquiétant dans la vie que l’instant précédent, s’inquiète de ses coups de couteau, de leur réalisme.
Tout va bien, nous ne sommes que sur le tournage d’une des scènes les plus glauques du prologue de Lord Arthur Savile’s Crime, et Jack l’éventreur, et les crimes sordides de Whitechapel ne sont qu’une réalité lointaine ravivée brusquement quelques instants.
Charles donne quelques nouvelles consignes à ses acteurs, pousse Kenji, tremblant de blesser Mélusine — comme il a failli le faire en répétition quelques heures auparavant me dit-on — à plus de violence, tout en poussant le couple à plus de sensualité encore, dans la première moitié de la scène.
Il faut vraiment qu’on croie que la scène va nous montrer un couple en train de forniquer dans la rue, qu’on soit gêné, qu’on puisse se dire "Oh, mais qu’est-ce qu’on va nous montrer, c’est obscène!", pour que la surprise du premier coup de poignard soit immense. Et la violence doit être à la hauteur de la surprise.
Zelda, première assistante veillant à tout, attentive à la moindre indication de Charles, vole, retient tout. Elle court raviver l’encens qui inonde la rue d’une fumée irréelle, fait boire à Mélusine quelques gorgées de ce sang qu’elle recrache dans ses derniers soubressauts, recolle un des favoris postiches de Kenji.
Charles reprend la caméra en main. Zelda attrappe ses hanches pour guider ses pas tandis qu’il se penche dans l’objectif, et je saisis le bout du pied, garantissant la stabilité du lent travelling avant qui va s’opérer dans la ruelle.
La caméra tourne, le couple s’embrasse.
Charles murmure quelques indications aux acteurs à mesure que l’on s’approche, tout en gardant un souffle profond et calme pour assurer la fluidité du mouvement de caméra. Zelda relaie, pousse avec une tonitruance presque grivoise les indications.
Meurtre! Oui, c’est bien. Va-t-en Kenji, maintenant. On descend, on descend sur Mélusine.
Et nous suivons, et le ballet s’orchestre, effroyable, vivant, terrifiant.
Enfin, c’est bon, c’est dans la boîte — c’était vraiment la dernière annoncée quelques dizaines de prises auparavant.
Mélusine peut se couvrir d’un manteau pour se réchauffer, trempée qu’elle est de sang, de boue. Kenji redevient l’adolescent calme et attentif, malgré ses yeux un peu tourmentés. Les acteurs peuvent se démaquiller, se rincer, se changer, et les choses devenir rassurantes à nouveau.
Mais, malgré l’horreur de cette séquence, malgré le réalisme effarant des coups de couteau, du maquillage défigurant Mélusine, une des deux grâcieuses violistes de l'Ebo, les bouteilles de sang maintenant vides qui s’empilent derrière la caméra, c’est l’une des séances de tournage les plus amusantes auxquelles j’ai assisté. Là est tout le paradoxe de l’humain semble-t-il; on se dira toujours animé par notre instinct de survie, mais on aime se toujours se confronter au crime!
Annabelle.

Tuesday, March 29, 2011

Courage, filons!

Vendredi, c'est le grand jour, celui de notre représentation tant attendue au musée Carnavalet; demain générale, et aujourd'hui, premier vrai filage de tout le spectacle, de To.The.Onlie.Begetter., notre spectacle autour des sonnets de Shake-speare que nous avions créé la saison dernière.
Le premier vrai filage, car jusqu'à maintenant, nous nous permettions de nous arrêter, pour redéfinir un tempo, pour me souffler un vers qui m'échappait, pour revoir telle phrase musicale ou tel enchaînement texte/musique.
Et de faire un vrai filage de ce spectacle, c'est important, car tout ou presque tient au fait que justement, nous sommes unis par un même souffle, une même énergie, une même ligne directrice, du début à la fin.
Evidemment, c'est physique, sportif, et fatiguant! — un heure et quart sans pouvoir rien relâcher (enfin, plutôt une heure et demie et des poussières aujourd'hui, d'ailleurs!).
A la fin, on en sort vidé, vidé mais heureux lorsqu'on reste encore quelques instants magiques réunis, connectés par cette énergie commune qui nous a portés jusque là. Quelques instants de vide, suspendus dans l'air, le temps.
Car malgré ce que ce spectacle nous oblige à mobiliser, malgré toute l'énergie que nous dépensons à le répéter, à le construire, c'est (et je crois pouvoir le dire au nom de nous tous) quelque chose que nous sommes extrêmement heureux de faire. Plus qu'heureux, même.
Ce premier vrai filage nous permet aussi de revoir, de percevoir à nouveau le nécessaire de cette énergie, de la force qu'il faut sans cesse mobiliser pour que ça marche.
Dans ces cas-là, et jusqu'au dernier moment, nous répétons en cercle, Marie-Suzanne et Mélusine, les deux violes se font face, Simon au luth est au milieu, en face de moi. Ça nous aide incroyablement, nous permet de rester entre nous, de garder cette intimité nécessaire au spectacle — et qui sera sans doute plus perceptible encore à Carnavalet, puisque le cadre le permet plus encore que lorsque nous donnâmes le spectacle dans le temple du Pentemont.
Quelques retouches à porter se signalent bien sûr aussi, des retouches qu'on ne pouvait imaginer lorsqu'il était possible de s'arrêter. Des enchaînements à légèrement fluidifier, et, surprise générale! — des tempi à accélerer. — Car si je suis en général le premier à pousser les musiciens à ralentir, à respirer pour laisser le texte musical palpiter, résonner, de même que la musique de Shake-speare (qui me confond et me submerge toujours autant, même après deux ans de travail sur ces textes dont je ne me lasse pas, que je relis sans arrêt, me baladant souvent avec le recueil complet) — aujourd'hui, voilà que je dis qu'il faut prendre Beccus, an Hungarian lord his delight de Hume, ou Mrs Anne Markhams Pavin de Cutting avec plus de rapidité, de légèreté! — Ce qui ne m'empêche pas de ralentir d'autres détails, bien entendu; n'exagérons rien.
Mais l'ensemble, vu dans son ensemble, précisemment, paraît juste, avance de lui-même, se porte, et nous porte, et nous nous laissons entraîner, voguer presque sans nous en rendre compte, submerger presque sans rien contrôler, par Tobias Hume, Alfonso Ferrabosco, Anthony Holborne, John Dowland — et par William Shake-speare.
Charles.

Tuesday, February 1, 2011

Déchiffrer Hume.

A la Compagnie Oghma, nous ne travaillons qu'à partir — quand nos recherches ne nous permettent pas de découvrir les manuscrits originaux — de fac-similés d'éditions originales. C'est normal — car comment être véritablement fidèle à une œuvre, comme nous prétendons l'être, sans en passer par là?
C'était le cas quand nous montâmes Phèdre & Hippolyte de Jean Racine en 2008, pour laquelle production nous étions revenus à l'édition de 1677, pour retrouver la ponctuation voulue par Racine. Evidemment, notre traduction des Sonnets de Shake-speare, pour le spectacle To.The.Onlie.Begetter. s'appuie sur l'édition de Thomas Thorpe parue en 1599 — car, malgré ses erreurs, c'est la seule à nous pouvoir apporter l'orthographe d'époque, à même de nous éclairer tant sur les ambivalences et les jeux de mots sur lesquels tranche forcément l'éditeur moderne la plupart du temps, que sur la prononciation élizabethaine. Et, lorsque nous présentâmes le spectacle en avant-première six mois avant sa création, accompagnés du contre-ténor Rodrigo Ferreira, nous avions dégotté un manuscrit inédit de Henry Lawes.
Et, naturellement, pour notre fantasque The Most excellent Inventions of Captaine Tobias Hume, nous nous tournons vers l'édition de John Widget.
Mais, ce n'est pas tous les jours un travail facile, surtout lorsque nous attaquons la lancinante Captaine Humes Lamentation, dont la qualité de l'impression est un peu branlante.
Des blanches se retrouvent ainsi transformées en noires par un excès d'encre, des silences apparaîssent ou disparaîssent, et la tablature nous laisse pantois quant à la discrimination entre en e et un c. Sans parler des bavures du verso qui rajoutent des notes aléatoires à la partie du dessus.
Cela va sans dire, nous ne nous arrêtons pas à si peu, et ne nous laissons pas impressionner, comptant nos temps, comparant les accords avec la partie du dessus pour retrouver certaines notes, retrançant la logique d'une phrase, mais cela donne parfois lieu à des cocasseries, des comptes faussés par des accrocs et des trous de vers, et des dialogues absurdes comme
Mélusine: Le machin, c'est une note?
Charles: Non, je crois que c'est une pause, mais qu'en revanche le zigouigoui qui suit, c'est un si bémol et une blanche.
Marie-Suzanne: C'est plutôt une ronde, mais alors si c'est un si bémol, moi j'ai un d sur mon sol et pas un b sur mon do!
Oui, travailler à la Compagnie Oghma, c'est une bonne tranche de rigolade!
Charles.

Thursday, October 14, 2010

Meet Septimus R. Podgers.


C'est officiel maintenant, et plus moyen de reculer.
Le secret qui plane depuis quelques semaines n'en est plus qu'un de Polichinelle: la Compagnie Oghma tournera son deuxième film cette saison.
Un film muet, en anglais, d'après une nouvelle d'Oscar Wilde, Lord Arthur Savile's Crime.
Un grand film, digne de la MGM et d'Erich von Stroheim, avec un peu d'expressionisme allemand.
A vrai dire, avant de m'y atteler sérieusement, c'était une idée qui me trottait dans la tête depuis quelques mois auparavant, jusqu'à ce que, un beau soir d'août, nous ne décidions, avec Mélusine, de nous faire une petite séance de films allemands des années 20.
Du Dr Caligari à un Paul Leni, nous nous repûmes de terreur, d'horreur, de perspectives dérangeantes, de noirs et blancs contrastés.
Et c'était trop tard, l'idée qui se baladait dans mon cerveau s'y est ancrée définitivement, impossible de m'en défaire, il fallait que je fasse ce film.
Depuis, le scénario a été écrit, le casting, les repérages faits, les essais maquillage (car tout le monde, à part notre héros éponyme, sera effrayant, sale, grotesque) vont bon train, les décors et les accessoires se construisent…
Il faut bien: nous commençons à tourner le 23 octobre, et je suis mort de trac!
Charles.

Monday, September 6, 2010

La Compagnie vue par…


Sacqueboutes et Serments,
Bourrez les croûtes de froment,
Hissez les voiles!
Sarlat, crincrin, butins,
batailles et merlan.
Austère Symphonie,
soyez bavarde!
Ici sont les barques à riz,
là sont les mauvais sergents,
Va donc Bicoque!
Va donc Roland!
Epées en cuir
Topinambour,
Zéphirs félons
Battez Tambours!
Sylvestre en or
et Troubadour,
Branle-bas de Combat
Mort au Tyran!

Mélusine de Pas, violiste de l'ensemble.