Une bobine d'actualités réalisée par Pierre Dupont, retraçant la formidable avant-première de Lord Arthur Savile's Crime à la Pagode, le premier octobre 2011.
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Monday, December 12, 2011
Sunday, November 20, 2011
Our first Savilian review.
Rue des Beaux-Arts, après avoir publié le journal de production de notre film Lord Arthur Savile's Crime, en fait maintenant paraître une critique, par Bénédicte Prot, qu'on nous permet de reproduire ici, ce que nous faisons — en rougissant.
Tandis que le jeune metteur en scène Charles Di Meglio préparait soigneusement le
moyen métrage de près d'une heure Lord Arthur Savile's Crime, a study of
duty, de l'autre
côté de l'Atlantique, l'œil du Wildien curieux égaré sur la Toile peut observer
qu'un certain George Athanasiou nous livrait son adaptation de la même nouvelle
publiée par Wilde en 1891, un objet filmique incongru de quinze minutes entre
parodie désopilante et gag consternant par sa platitude forcée et sa palette de
couleurs de telenovela. Les mises en scènes du Crime de Lord Arthur Savile sont suffisamment rares pour que
la chose vaille d'être signalée, mais l'anecdote est surtout amusante parce
qu'en dehors de cette coïncidence de date, on ne saurait trouver deux projets
davantage aux antipodes l'un de l'autre. C'est dire tout le bien qu'on a pensé
du film de Charles Di Meglio, projeté en avant-première à la Pagode en ce matin
d'octobre où l'été avait décidé de faire une dernière révérence radieuse avant
de se retirer pour de bon.
Fidèle à l'esprit du dandy irlandais, le
réalisateur n'a pas pris son œuvre à la lettre mais comme un point de départ
dont émerge une autre création, et il ne nous laisse pas ignorer dans quelle
voie sordide il a choisi de s'engager. En délaissant la futilité de l'univers
que nous présente Oscar Wilde au début de sa nouvelle, Di Meglio abandonne ses
tons criards pour ne plus conserver que le noir et le blanc. À la volubilité
mondaine de la nouvelle et aux ratiocinations en cascade de son héros, il
oppose le laconisme du cinéma muet, dont il retient les rythmes les plus
empesés et les auteurs aux contrastes les plus cruels et monstrueux, comme
Murnau et Stroheim. Ici, la tragédie nous est donnée à voir. L'image ne subit
pas que des influences cinématographiques: on y retrouve la gravure, la
peinture, parfois plusieurs arts visuels à la fois, comme dans cette vue sur la
Tamise où l'eau semble se mouvoir dans un décor dessiné au crayon. Forme et
fond coïncident donc, car l'univers à l'esthétique soignée dans lequel nous
venons de pénétrer repose nettement sur toute une imagerie personnelle, faite
de motifs wildiens intra- et extradiégétiques (Antiquité, homoérotisme...) et
de multiples autres références narratives et esthétiques du registre de la
décadence.
Une
importance particulière est accordée ici aux mouvements. Même languissants
comme un subtil déplacement de lumière ou une palpitation, ils sont de l'ordre
douloureux de la torsion, de la déformation — c'est-à-dire de la perversion, de
nouveau. Or cette dernière n'est jamais arrêtée, elle circule comme Arthur
court haletant dans des tunnels de pierre. Sous cet éclairage particulier, le
motif de la moiteur récurrent dans le film évoque non seulement la tension
tragique (via un héros ruisselant de sueur), mais aussi la contamination
(l'humeur au sens médical du terme), suggérée aussi par les épaisses brumes
londonienne et vénitienne et les fumées opiacées qui baignent certaines
séquences, l'exposition des corps (nudité, mains ouvertes, bouches béantes...)
et le fait que les nombreux lieux confinés du film (étroites ruelles, salons,
escaliers...) sont également des lieux de passage et d'échanges en tous genres,
c'est-à-dire de contagion. Le poison que Lord Arthur se procure, puis le bonbon
où le glisse, n'est finalement que le prolongement du venin que lui a inoculé
Mr. Podgers (qui examine d'ailleurs les paumes comme un médecin se pencherait
sur ses patients) avec sa prophétie. Infecté par le pouvoir d'une suggestion,
possédé par une idée qui fonctionne comme une drogue, le Lord Arthur du film
semble enfiévré, dans un état presque hallucinatoire.
Dans ces conditions,
le terrible destin du héros du film surpasse nécessairement en inéluctabilité
celui du héros de la nouvelle. Le parcours de ce Savile-là est bien plus
univoque (c'est le long d'une allée sans issue qu'il court) et Lord Arthur s'y
engage comme en un transport. Les va-et-vient de la conscience du personnage de
Wilde, ses ineptes négociations intérieures, n'étant ici pas représentés, le raisonnement
absurde qui consiste à retourner le sens du devoir et se convaincre que la
juste voie, la seule voie, est le meurtre est ici plus que réduit à sa plus
simple expression: il est éludé, de sorte que la seule motivation, nette et
invariable, des actes de Lord Arthur, est son amour pour Sybil. L'intoxication
du personnage prend alors un tout autre sens. En noircissant les recoins
malsains de son film, on s'aperçoit que le réalisateur fait davantage ressortir
la pureté des touches claires, et que l'étude sur le devoir annoncée par le sous-titre de la nouvelle comme du film se trouve renversée en
récit d'un amour limpide qui transcende toutes les corruptions. Si le héros
chemine dans la pénombre, c'est vers la lumière qu'il tente d'avancer. Tel l'artiste,
captif et captivé, il se fait l'instrument du triomphe de l'amour/de la beauté.
Tout en se présentant comme une variation
sur les thèmes de la nouvelle, une lecture particulière qui se propose
d'emprunter des sentiers différents, plus sombres, le film de Charles Di Meglio
ne saurait épouser aussi bien l'esprit de Wilde en ce qu'il est l'œuvre d'un
esthète. Sa forme méticuleuse, qui renvoie à un exercice filmique autant qu'à
un travail littéraire, sert à merveille le gracieux propos qui finit par surgir
comme une clarté de la sublime infamie du décor. Lord Arthur Savile's Crime, moins haut en couleurs que
l'œuvre de Wilde dont il s'inspire, a trouvé en s'engouffrant dans le
cinématographe d'où venait la lumière.
Bénédicte Prot.
Thursday, October 6, 2011
Fin de siècle. Mais duquel?
Etait-ce samedi à midi ou bien hier à minuit?
A Paris?
Cette année ou bien il y a cent ans?
Tout veut se mélanger; Charles Di Meglio veut nous illusionner.
Son oeuvre c'est Ars gratia artis: l'Art pour l'Art. C'est-à-dire qu'il a la capacité, hé bien! de plaire à quiconque l'observe, sans volonté moralisatrice surtout.
Charles, à l'instar d'Oscar Wilde possède le culte du Beau. Le Beau comme origine, quintessence de l'Art. Son adaptation de la très-célèbre nouvelle d'Oscar Wilde Le Crime de Lord Arthur Savile reflète justement cette mise en exergue du Beau. Faire un film muet en 2010, comme il le soulignait lui-même en ouverture de la séance de projection unique, est en effet ce désir d'un retour du Beau en soi.
Tourné en noir et blanc, les images sont sublimes.
Le choix de la langue anglaise renvoie à cette langue que Wilde a choisie.
Le rythme lent induit une grâce à nulle autre pareille.
L'adaptation toute personnelle de Charles plonge le récit dans un drame d'inspiration antique, hellénistique — quand la nouvelle, dans son origine, se veut légère et hilarante, voire grotesque par moments. Quand Wilde veut se moquer et rire, Charles veut de la réflexion, de la profondeur, de la spiritualité.
Dans sa recherche constante de l'extrême finesse, il a voulu que ses invités choisis soient en raisonnance avec l'atmosphère de son film. Aussi devions-nous nous vêtir fort élégamment afin de respecter l'esthétisme de son univers. A ce titre, la carte d'invitation se voulait d'un raffinement très fin de siècle, avec son papier vélin, son cachet de cire rouge frappée, et l'écriture du Maître, à la plume d'oie dans une calligraphie experte… Quant au lieu de projection, là non plus, rien n'était laissé au hasard.
Imaginez la Pagode, sise dans le septième arrondissement de Paris. Cette salle de cinema appartient à un autre temps, celui de la Belle Epoque. Ajoutons que ce lieu magique a une histoire aux thèmes très pré-raphaélites… Coïncidence? C'est l'histoire d'un homme fort amoureux, et immensément riche, qui décide de faire construire pour sa Belle cette salle de fêtes au style orientaliste, très à la mode.
Il édifie donc la Pagode!
Flamboiement des ors architecturaux définissant le rayonnement de son cœur emballé… Pourtant, un an plus tard, la dame cruelle s'éprend de son associé et le quitte, laissant le pauvre hère dans les affres d'une douleur et d'une affliction les plus totales. Aussi, le ton de l'événement est-il donné, cher au mouvement pré-raphaélite: tristesse insondable, amours impossibles, littérature emphatique, mort inéluctable... Ce sont aussi les thèmes de prédilection de l'ensemble de l'oeuvre de Charles, et donc dans le film qu'il nous présente.
Des valeurs qu'il érige en absolue noblesse.
En sortant de la projection, nous étions envoutés par ce voyage dans le temps, au pays du raffinement, de l'esthétique et de l'Art. Accueillis dans les jardins aux différentes intensités lumineuses, jouant çà et là sur les feuillages, des parfums sensibles exhumaient. Le champagne pétillait dans nos coupes et dans nos yeux. Les cigarettes à bouts dorés se consummaient dans l'air du temps. Le maitre en frac et à la chemise amidonnée, l'air éthéré et fier surtout, devinait le secret de nos coeurs ravis…
Charles, en démiurge, avait crée, monté un film de bout en bout.
Il a été à la fois acteur, metteur en scène, producteur, maquilleur, costumier, décorateur, directeur de production, chef d'orchestre… Et je dois en oublier à foison!
Indéniablement Charles Di Meglio force notre admiration. Chapeau bas l'Artiste!
Victoria Cohen, The Ghoul.
Le Crime de la Pagode.
Samedi premier octobre 2011 – Midi.
Mais il fait beau, décidément. Les arbres du jardin de la Pagode
frémissent et se parent d’or, et toujours aveuglés de plaisir, nous nous
enfournons dans ce bâtiment insolite, tarabiscoté, magnifique, qui nous
entraine vers Tokyo, Pékin, vers les grands arbres du Tonkin. La Mésopotamie
est loin derrière nous. Place au vertige oriental, et aux fumeries d’opium. On
en sent presque déjà l’odeur lourde et voluptueuse s’immiscer dans la salle qui
s’éteint dans l’accompagnement subtil des violistes de l’Ebo, installées au bas de la scène. Sur l’écran,
noir et blanc, un poing fermé s’ouvre lentement, dévoilant une main fébrile et
coupable: celle d’un meurtrier. Les distances et le temps se renversent à
nouveau. Nous perdons pied. Les vénéneux éclats orientaux se délitent dans les
ténèbres des bas-fonds de Londres où rodent des assassins. Une arme blanche
s’élève et s’abat dans la nuit. Jack L’éventreur penché sur sa victime?
Celle-ci s’effondre sur le pavé gras d’une ruelle sombre et sale, parmi les
déjections et les gravats. On devine des rats filant le long des murs lépreux,
des filles de mauvaise vie tituber au coin des rues louches, des malfaiteurs
s’évanouir sous le couvert complice de la nuit criminelle. La débauche règne
partout. Des jeunes gens presque nus, couronnés de fleurs, barbouillés de
champagne, se livrent à l’orgie dans une chambre où pendent des mousselines.
Esprit de Teleny, es-tu là? Les mânes de Camille et de René s’exhalent dans un
frisson de désir interdit… Le diable mène la danse, et tous s’agitent comme des
marionnettes dont il est seul à tirer les fils.
On
devrait toujours se méfier des somptueux jours d’automne qui ressemblent à des
jours d’été. On arrive en toute insouciance, le pied léger, cheveux au vent,
humant l’air de la rue de Babylone inondée de soleil, sous le dais d’azur pur
d’un ciel exotique. Paris est calme, presque campagnard. On ne se doute de
rien, pauvres innocents que nous sommes. Le nom même de la rue aurait pourtant
dû nous mettre la puce à l’oreille: Babylone, là où le ciel et la terre
cherchent à se rejoindre. Nous marchons sans y penser sur les ruines d’un
puissant royaume antique en déclin, nous avançons vers la décadence, nous
allons sombrer dans la déliquescence et le pêché. Celui de la Grande Prostituée
dont Saint Jean Baptiste cingle la belle Salomé pour mieux la repousser: Fille
de Babylone! N’est-ce pas un
assez puissant signal d’alarme pour nos oreilles sourdes?
Mais il fait beau, décidément. Les arbres du jardin de la Pagode
frémissent et se parent d’or, et toujours aveuglés de plaisir, nous nous
enfournons dans ce bâtiment insolite, tarabiscoté, magnifique, qui nous
entraine vers Tokyo, Pékin, vers les grands arbres du Tonkin. La Mésopotamie
est loin derrière nous. Place au vertige oriental, et aux fumeries d’opium. On
en sent presque déjà l’odeur lourde et voluptueuse s’immiscer dans la salle qui
s’éteint dans l’accompagnement subtil des violistes de l’Ebo, installées au bas de la scène. Sur l’écran,
noir et blanc, un poing fermé s’ouvre lentement, dévoilant une main fébrile et
coupable: celle d’un meurtrier. Les distances et le temps se renversent à
nouveau. Nous perdons pied. Les vénéneux éclats orientaux se délitent dans les
ténèbres des bas-fonds de Londres où rodent des assassins. Une arme blanche
s’élève et s’abat dans la nuit. Jack L’éventreur penché sur sa victime?
Celle-ci s’effondre sur le pavé gras d’une ruelle sombre et sale, parmi les
déjections et les gravats. On devine des rats filant le long des murs lépreux,
des filles de mauvaise vie tituber au coin des rues louches, des malfaiteurs
s’évanouir sous le couvert complice de la nuit criminelle. La débauche règne
partout. Des jeunes gens presque nus, couronnés de fleurs, barbouillés de
champagne, se livrent à l’orgie dans une chambre où pendent des mousselines.
Esprit de Teleny, es-tu là? Les mânes de Camille et de René s’exhalent dans un
frisson de désir interdit… Le diable mène la danse, et tous s’agitent comme des
marionnettes dont il est seul à tirer les fils.
Lord Arthur, jeune, beau, bien né, très dandy dans ses vêtements
blancs, où se perd-t-il en ces rues malfamées? Vers quel destin court-il? Il va
bien l’apprendre assez tôt, de la bouche édentée, répugnante, du grotesque
homoncule qui a saisi sa main où son destin s’inscrit en lettres sanglantes. MEURTRE, ont prédit les lignes affolées. Que peut-on
contre son destin? Lord Arthur tangue comme un homme ivre, trébuchant dans les
escaliers noyés d’ombre, s’égarant dans le lacis des rues sombres.
Et si le dénouement du film n’est pas le même que celui de la nouvelle de
Wilde, le metteur en scène, Charles Di Meglio a posé sur son adaptation son élégante signature. C’est lui aussi
qui a décidé que son film serait muet, illustré de panneaux indicatifs en
anglais, comme avant le parlant. Lui qui a pris le parti du noir et blanc,
imprimant une vraie esthétique à ce film original, sombre et raffiné, semé de
notes d’humour et de nombreux clins d’œil à Wilde.
Dans la salle, la musique de l’Ebo se tait, les lumières se rallument, des
applaudissements fusent. On acclame le metteur en scène et les acteurs
principaux qui montent sur scène : Thomas Lajudie,
Christine Narovitch, Giulia Dussolier, Arthur Perier, tous saisis par
une caméra inspirée, qui, dans son excentricité hilarante, qui, dans
leur intimité menacée.
Dehors, le soleil surplombe toujours l’énigmatique Pagode. La foule des
invités s’égaille dans le jardin, loin de l’East End victorien et des sordides
ruelles londoniennes dont les effluves méphitiques se dissolvent dans les
miroitements du jour.
C’est fou ce que les émotions donnent soif! Allez, champagne pour
tout le monde!
Danielle Guérin, One of Lady Gladys' guests.
Monday, October 3, 2011
Un film parlant.
Le silence était moins sur l’écran que dans la salle: ce film muet en anglais était superbement accompagné par une musique merveilleusement en phase avec l’image, sortant des violes mélancoliques de Marie-Suzanne de Loye et de Mélusine de Pas, quoiqu’elle vînt d’une époque lointaine qui ne connaissait pas les salles obscures. Les instruments baroques se marièrent parfaitement avec l’esthétique rigoureuse, jamais expressionniste, et forte de ces tableaux. Tantôt en eaux-fortes, tantôt en médaillons-camées, Charles Di Meglio nous invite dans sa nouvelle production à revisiter le cinéma muet, et par là toute la puissance du cinéma lui-même. D’où le silence ébahi de la salle, captivée par cette vision inouïe.
Et de toutes les lectures de l’œuvre bien connue d’Oscar Wilde, celle-ci, empreinte de non-dits, d’allusions, de citations discrètes adressées aux connaisseurs du célèbre dandy et d’improvisations audacieuses, est certainement la plus fidèle tout en étant la moins contraignante pour le spectateur.
Quel cadre plus approprié que celui de La Pagode, en cette merveilleuse journée d’un automne ensoleillé propice à ces après-midi qui n’ont jamais de fin ?
Jean-François Di Meglio, The important Man at the Funeral.
Une après-midi comme les autres.
Le premier octobre, la Compagnie a vécu de sacrées émotions.
En effet, nous présentions à la Pagode (sans doute le plus beau cinéma de Paris) notre grand film muet en anglais, Lord Arthur Savile's Crime, a study of duty, que nous mijotions depuis plus d'un an et demi.
Salle comble, musique en direct by l'Ebo (what else?), fracs et smokings, tonnerre d'applaudissements, évidemment, et sans modestie.
Mais, en attendant la bobine d'actualités que nous vous concoctons (oui, comme à l'époque!), quelques invités, qui ont vécu le film de l'intérieur, et dont vous avez déjà pu lire la prose enflammée, vous raconterons cet évènement extraordinaire mieux que nous!
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