la Compagnie

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Thursday, January 12, 2012

— — at last! (bis repetita)

Ce que nous attendions tous depuis bien trop longtemps déjà, c'est-à-dire le DVD de Lord Arthur Savile's Crime, un film muet en anglais de Charles Di Meglio d'après Oscar Wilde, avec, entre autres, du champagne, de vieilles femmes, des gens tous nus, Thomas Lajudie, de vieux dégueulasses, de l'opium, de l'amour, Giulia Dussollier, un peu de sexe, le Times, Venise, Arthur Perier, des masques, une gondole, Christine Narovitch, des machines-à-gros-plan, des effets visuels très-spéciaux, du noir et du blanc, des majordomes,  sort aujourd'hui, dans un digipack formidable.


Au programme — en plus du film présenté avec une bande originale de l'Ebo, interprétée par les violes de gambe de Marie-Suzanne de Loye et Mélusine de Pas — quelques suppléments plutôt exaltants, que nous vous avons patiemment concoctés avec le monteur du film, Quentin Dany:

— une interview du metteur en scène,
— des extraits des storyboards originaux,
— une bobine d'actualités réalisée par Pierre Dupont sur la projection en avant-première du film,
— la bande-annonce d'ycelui.

Il est vivement conseillé par nos égéries, Mesdames Michu et Pustule, de vous hâter de contacter la Compagnie pour commander votre exemplaire exemplaire.

Thursday, October 6, 2011

Le Crime de la Pagode.

Samedi premier octobre 2011 – Midi.

On devrait toujours se méfier des somptueux jours d’automne qui ressemblent à des jours d’été. On arrive en toute insouciance, le pied léger, cheveux au vent, humant l’air de la rue de Babylone inondée de soleil, sous le dais d’azur pur d’un ciel exotique. Paris est calme, presque campagnard. On ne se doute de rien, pauvres innocents que nous sommes. Le nom même de la rue aurait pourtant dû nous mettre la puce à l’oreille: Babylone, là où le ciel et la terre cherchent à se rejoindre. Nous marchons sans y penser sur les ruines d’un puissant royaume antique en déclin, nous avançons vers la décadence, nous allons sombrer dans la déliquescence et le pêché. Celui de la Grande Prostituée dont Saint Jean Baptiste cingle la belle Salomé pour mieux la repousser: Fille de Babylone! N’est-ce pas un assez puissant signal d’alarme pour nos oreilles sourdes?

Mais il fait beau, décidément. Les arbres du jardin de la Pagode frémissent et se parent d’or, et toujours aveuglés de plaisir, nous nous enfournons dans ce bâtiment insolite, tarabiscoté, magnifique, qui nous entraine vers Tokyo, Pékin, vers les grands arbres du Tonkin. La Mésopotamie est loin derrière nous. Place au vertige oriental, et aux fumeries d’opium. On en sent presque déjà l’odeur lourde et voluptueuse s’immiscer dans la salle qui s’éteint dans l’accompagnement subtil des violistes de l’Ebo, installées au bas de la scène. Sur l’écran, noir et blanc, un poing fermé s’ouvre lentement, dévoilant une main fébrile et coupable: celle d’un meurtrier. Les distances et le temps se renversent à nouveau. Nous perdons pied. Les vénéneux éclats orientaux se délitent dans les ténèbres des bas-fonds de Londres où rodent des assassins. Une arme blanche s’élève et s’abat dans la nuit. Jack L’éventreur penché sur sa victime? Celle-ci s’effondre sur le pavé gras d’une ruelle sombre et sale, parmi les déjections et les gravats. On devine des rats filant le long des murs lépreux, des filles de mauvaise vie tituber au coin des rues louches, des malfaiteurs s’évanouir sous le couvert complice de la nuit criminelle. La débauche règne partout. Des jeunes gens presque nus, couronnés de fleurs, barbouillés de champagne, se livrent à l’orgie dans une chambre où pendent des mousselines. Esprit de Teleny, es-tu là? Les mânes de Camille et de René s’exhalent dans un frisson de désir interdit… Le diable mène la danse, et tous s’agitent comme des marionnettes dont il est seul à tirer les fils.

Lord Arthur, jeune, beau, bien né, très dandy dans ses vêtements blancs, où se perd-t-il en ces rues malfamées? Vers quel destin court-il? Il va bien l’apprendre assez tôt, de la bouche édentée, répugnante, du grotesque homoncule qui a saisi sa main où son destin s’inscrit en lettres sanglantes. MEURTRE, ont prédit les lignes affolées. Que peut-on contre son destin? Lord Arthur tangue comme un homme ivre, trébuchant dans les escaliers noyés d’ombre, s’égarant dans le lacis des rues sombres.
Et si le dénouement du film n’est pas le même que celui de la nouvelle de Wilde, le metteur en scène, Charles Di Meglio a posé sur son adaptation son élégante signature. C’est lui aussi qui a décidé que son film serait muet, illustré de panneaux indicatifs en anglais, comme avant le parlant. Lui qui a pris le parti du noir et blanc, imprimant une vraie esthétique à ce film original, sombre et raffiné, semé de notes d’humour et de nombreux clins d’œil à Wilde.

Dans la salle, la musique de l’Ebo se tait, les lumières se rallument, des applaudissements fusent. On acclame le metteur en scène et les acteurs principaux qui montent sur scène : Thomas Lajudie, Christine Narovitch, Giulia Dussolier, Arthur Perier, tous saisis par une caméra inspirée, qui, dans son excentricité hilarante, qui, dans leur intimité menacée.

Dehors, le soleil surplombe toujours l’énigmatique Pagode. La foule des invités s’égaille dans le jardin, loin de l’East End victorien et des sordides ruelles londoniennes dont les effluves méphitiques se dissolvent dans les miroitements du jour. 

C’est fou ce que les émotions donnent soif! Allez, champagne pour tout le monde!
Danielle Guérin, One of Lady Gladys' guests.

Saturday, July 16, 2011

— — at last!

Après vingt-et-un jours de prises de vues, vingt heures d'images enregistrées, trente nuits blanches, quarante heures de dérushage, cent-cinquante heures passées devant des écrans d'ordinateur dans le noir, cinq effets visuels spéciaux impressionnants réalisés, deux scènes coupées, trente-six pages de journal de tournage griffonnées, vingt-trois post-its de notes scotchées sur le scénario, quinze décors construits, quarante costumes, dix chapeaux et coiffes et quatre boutons de manchettes confectionnés et portés, trente lessives, quarante chemises repassées et amidonnées, une machine à gros plans fabriquée et collée, décollée puis refixée, un pied de caméra cassé, trois ampoules grillées, un projecteur détruit, un cercueil dépêché, soixante-six avis de décès rédigés, onze lampes à huile remplies et allumées, mille deux-cents bougies consummées, deux kilomètres de papier d'aluminium dévidés, huit litres de fond de teint appliqués, trois kilos de poudre de riz saupoudrés, trois-cents paquets de cigarettes fumés, quarante-cinq bouteilles de champagne, deux d'absinthe, trois de gin et six-cents hectolitres de café englouttis, la Compagnie Oghma est fière d'enfin présenter la bande-annonce du deuxième film le plus cher de l'histoire du cinéma muet du vingt-et-unième siècle: Lord Arthur Savile's Crime, a study of duty.
Montage et étalonnage de Quentin Dany, musique réalisée par l'Ebo: Marie-Suzanne de Loye et Mélusine de Pas aux basses de viole et Benoît Beratto au violone.


Lord Arthur Savile's Crime, a study of duty
une co-production Oghma/TDMFilmProduktion
écrit et réalisé par Charles Di Meglio
d'après la nouvelle d'Oscar Wilde
avec
Thomas Lajudie
Christine Narovitch
Giulia Dussollier
Arthur Perier
Karl von Besten.

Saturday, March 12, 2011

Véridique récit autobiographique d'une prostituée horrible.



En ces premiers jours de mars, Charles m’invite à nouveau à passer une journée sur le tournage de Lord Arthur Savile’s Crime. Après des scènes tournées dans la sombre West Moon Street, et un passage au Carnaval de Venise, l’offre est alléchante.
Mais surprise, on ne me demande plus simplement d’être derrière la caméra! L’enjeu est de taille en effet: Charles me propose un rôle dans le film. Et pas n’importe lequel: celui d’une affreuse prostituée qui tente vainement de séduire le meilleur ami d’Arthur, j’ai nommé Lord Molyneux, ou Arturo dans la vie. Une séduction vaine, et un tel rejet semble cruel… Détrompons-nous bien vite, la demoiselle n’est que vénale! Devant une telle proposition, il m’était difficile de refuser.
Je me rends donc en ce samedi printanier sur le lieu du tournage, tiraillée entre excitation et appréhension. Après une rapide tasse de café et de premiers échanges avec Marie-Suzanne, interprète d’une chinoise vendeuse d’opium, et Charles, la session maquillage est annoncée. De minute en minute, mon visage se transformait. Et pas à mon avantage! Le teint jaune, les sourcils épais et charbonneux, les joues et les paupières écarlates, le visage parsemé de mouches noires, je poussais quelques cris amusés en me regardant dans le miroir pendant que Charles tentait de m’enlaidir un peu plus, avec, de temps à autres, un petit sourire satisfait qui en disait long sur le charme en devenir de ma figure. Une fois habillée, j’étais fin prête pour aller répéter et tourner.
Au dernier étage des studios de la Compagnie se trouvait une petite chambre aux murs délavés et recouverts de miroirs cassés. Du latex, des tubes de peinture, un grand fauteuil en cuir déchiré et, au beau milieu de cet atelier, un rat. Une ratte pour être exacte. La cachette d’un sombre psychopathe pensez vous? Point du tout: le lieu du tournage. Et cette ratte n’était pas là par hasard. Elle faisait aussi partie de l’équipe! La petite Madame Pustule était bien inoffensive, presque mignonne je le concède. Mais capricieuse! Une vraie diva qui ne pouvait pas rester en place. Les prises s’enchainaient et l’air enfumé de la pièce me donnait le tournis que n'aidait pas les accords lancinants des Velvet Underground mis en boucle pour nous plonger dans la scène. À la fin, j’entendais tout juste les mots de Charles : « Allez Pustule, reste là », « entrée Marie-Suzanne », « entrée Annabelle », « Non Pustule, reviens par ici! ». Et j’entrais donc, entrainant la plupart du temps dans ma chute une partie du décor. Physiquement, je commençais presque à faiblir. L’atmosphère, les chutes, l’état dans lequel cette prostituée était censée être, tout cela me rendait nauséeuse. Mais dans le bon sens, car intérieurement, je prenais vraiment plaisir à jouer.
Pour moi qui n’avais jusque-là qu’une expérience de théâtre, c’était plutôt exaltant de tourner. J’avais souvent pensé que la scène était plus palpitante, parce l’on y monte en étant quelqu’un d’autre et en même temps quelqu’un qu’on connaît presque mieux que soi même. Et parce qu’on monte sur cette scène tout en sachant qu’on ne s’arrêtera pas, que le public est là, que le faux-pas n’est pas permis. L’adrénaline me semblait plus forte au théâtre que derrière une caméra. Mais le tournage m’a quelque peu fait changer d’avis.
Si l’on s’arrête pour une nouvelle prise, on se sent à chaque fois un peu plus proche de ce que le metteur en scène du film attend de nous, et dans l’enchainement, on se prend au jeu. En quelque sorte, on s’oublie. Après plusieurs dizaines de chutes, l’heure de la dernière prise a pu sonner, et je ne peux pas nier qu’il me fut très agréable de sortir m’aérer! Après un démaquillage intense, je retrouvais mon visage ordinaire, avec grande joie! Je garderai un très bon souvenir de cette expérience artistique. Et je n’ai qu’une hâte, désormais: contempler d’un bout à l’autre Lord Arthur Savile’s Crime
!
Anna von Hölsperin.

Monday, February 14, 2011

An early morning in the life of Lord Arthur.

Encore un œil neuf sur les coulisses du tournage de 'Lord Arthur Savile's Crime, a study of duty', avec Thomas Lajudie.