la Compagnie

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Monday, September 28, 2015

Le Président vous parle de notre dixième saison en rigolant.

Le rire a plutôt réussi à la Compagnie durant la saison dernière, les reprises de nos programmes pendant tout l'été à de divers festivals ainsi que l'enthousiasme qui a accueilli notre création Léandre & Héro, en témoignent. 
Bis repetita placet, faisons rire à nouveau le public de la Compagnie! Il faut dire que pour notre part, ça ne nous a pas déplu ce burlesque irrésistible du grand Scarron. 
Surtout, la Compagnie s'est agrandie et ils nous fallait une production digne des talents qui nous ont rejoint! Votre serviteur a tout naturellement songé à Molière… Notre Directeur Artistique a opté pour un autre auteur, au moins aussi éminent et nous vous avons concocté un programme digne de ce nom pour la saison qui commence.


Cette fois-ci, ce sera le traditionnel concert de l'Ebo, l'ensemble musical de la Compagnie Oghma, qui ouvrira la saison, avec Un Portrait de l'Amour, les 12 et 13 novembre dans le superbe temple du Pentemont, rue de Grenelle. Julie Petit, qui a rejoint l'Ebo en 2014, a élaboré avec la Compagnie un programme autour de pièces de François Couperin et de textes de Molière — tout vient à point à qui sait attendre… — porté par un ensemble considérablement diversifié pour un tableau galant et coloré.
Cette saison, c'est également une année phare dans l'histoire de la Compagnie, puisque ce sera notre dixième saison de programmation continue. Alors puisqu'il est de tradition chez nous de ne jamais laisser passer une occasion de s'adonner à quelque célébration, Charles a décidé de faire revivre quelques grands succès des saisons passées.
Nous donnerons ainsi à nouveau Léandre et Héro et The Most Excellent Inventions of Captaine Tobias Hume, respectivement en mai au Théâtre du Gouvernail et en juin au Temple du Pentemont, dont nous faisons notre place forte pour notre programmation musicale de cette saison. 
Mais il est temps enfin de vous présenter notre grande création de l'année à venir… Les multiples photos et newsletters avaient pu vous mettre la puce à l'oreille, de même que la campagne Ulule au cours de laquelle vous nous avez accordé massivement votre confiance et votre soutien: nous montons cette année Les Plaideurs, l'unique comédie de Jean Racine, satire féroce et - hélas - loin d'être datée, de la justice, des professions judiciaires et des justiciables procéduriers. Le voilà donc, ce rire! Et c'est avec un grand enthousiasme que nous nous sommes (depuis quelques mois déjà) lancés dans ce projet. Aussi, pour nous assurer que vous ne manquerez pas cet évènement, la pièce sera diffusée, après une création en notre fief périgourdin, pendant trois mois du 19 février au 30 avril 2016 au Théo Théâtre. 
C'est avec cette pièce que nous pouvons accueillir cette année trois nouveaux comédiens qui débutent une collaboration que nous espérons fructueuse avec la Compagnie Oghma et pour certains d'entre eux leur formation baroque auprès de Charles. 
Vous y retrouverez naturellement Charles Di Meglio que nous ne vous présentons plus, qui met une nouvelle fois en scène et sera l'auteur des costumes comme pour Léandre & Héro, Christine Narovitch, grâce à qui vous avez pu découvrir les saisons passées l'existence édifiante de la Reine vierge avec Elizabeth et qui renoue avec la tradition racinienne de la Compagnie après avoir été notre Phèdre en 2008, ainsi qu'Elsa Dupuy et Ulysse Robin qui ont fait leur entrée dans la Compagnie avec Léandre & Héro.
Nous rejoignent ainsi Romaric Olarte et Mikaël Mittelstadt, qui poursuivent leur formation au théâtre baroque au sein de la compagnie et Manuel Weber, déjà rompu à ses codes et à ses exigences et dont le nom et le visage ne seront pas inconnus aux plus baroqueux d'entre vous.
Ces projets réjouissants et ces nouvelles enthousiasmantes ne seraient rien sans la perspective de pouvoir les partager avec vous, que nous avons la joie de voir chaque année plus nombreux. Cette saison, en effet, c'est un peu plus la votre que les années précédentes, puisque c'est grâce à votre participation à notre campagne Ulule que ce projet des Plaideurs peut ainsi prendre forme. Souhaitons qu'elle le soit jusqu'au bout, grâce à votre soutien qui nous porte tant, à votre enthousiasme et aux encouragements dont vous nous témoignez jour après jour et saison après saison. A très bientôt donc, pour une saison nouvelle que nous vous souhaitons pleine d'audace, de qualité et baroque
Alexandre Comolet, Président de la Compagnie Oghma.

Sunday, May 31, 2015

Du trait à la couleur.

Tout costume commence par un trait. D'abord un trait de crayon sur le papier, pour le dessiner, le façonner une première fois en donnant l'allure générale au personnage. Un trait en noir et blanc, suivi par d'autres, croisés par d'autres encore, détaillant les matières, les plis, le tombé de chacun des éléments, encadrant le dessin final de consignes et de points importants. Des lignes, comme lorsqu'un peintre prévoit son tableau, dispose ses personnages dans l'espace, leurs regards, la lumière.
La saison prochaine, notre dixième, nous montons un projet un peu fou: Les Plaideurs de Jean Racine, sa seule comédie. Devant l'ampleur du décor et le nombre des costumes à réaliser pour cette nouvelle production, nous avons lancé une campagne Ulule pour les financer. Et l'élan qui a été témoigné à cette campagne est jusqu'à présent exceptionnel et impressionnant. Quelques uns de nos soutiens ayant choisi de nous aider en nous envoyant un chèque (car, oui, vous pouvez également nous envoyer vos contributions par chèque à l'ordre de la Compagnie Oghma si vous préférez et elle sera portée à la cagnotte! — écrivez-nous pour que nous vous transmettrons notre adresse postale), nous avons d'ores et déjà pu investir dans une partie des tissus des costumes et j'ai ainsi pu me lancer dans la confection de l'un d'entre eux: le pourpoint de soie céladon que portera Léandre,(oui: nouvelle pièce, nouvelle production, mais encore un Léandre, dont Elsa sera encore amoureuse — cette répétition m'amuse beaucoup!).



Mais revenons à nos traits. Car d'autres suivent les premiers au crayon: sur du tissu cette fois-ci, tandis que l'on reste dans une anticipation des matières, des couleurs: on trace à la craie les lignes de coupe, les coutures sur la toile à patron. Avant de l'assembler dans ce qui sera en quelque sorte le brouillon du costume. A ce stade, le rendu final ne se reflette que dans mon imagination, et il sefaut  projeter dans les couleurs et les matières pour avoir une idée de ce à quoi ressemblera la chose finie.

Essayages, retouches. A nouveau des lignes: celles du corps de l'acteur auxquelles j'ai tâché d'adapter mon patron, celles du tissu qui, si besoin est avec quelques épingles, épousent celles de l'acteur.
Puis on découd, on trace d'autres traits. C'est prêt: c'est cette fois-ci dans le tissu définitif. Tissu définitif choisi avec soin, parfois après plusieurs heures passées à chercher la bonne couleur dans la bonne matière (les couleurs baroques n'étant plus tant celles qui sont à la mode, il m'aura par exemple fallu près de trois heures pour trouver la couleur parfaite de la doublure plus claire du pourpoint)
Et là le miracle commence à opérer, le costume semble prendre une nouvelle vie: celle qu'on lui a toujours imaginée, celle qu'on a rêvée. D'un monde en noir et blanc, un peu raide, on plonge dans la chatoyance baroque. C'est un peu comme si, après l'avoir toujours vue dans une copie en noir et blanc, on redécouvrait la grande scène du bal colorée du Fantôme de l'Opéra de Rupert Julian avec Lon Chaney: la magie nous happe et l'on n'a plus la même chose devant les yeux. On passe des lignes brutes et un peu raides gravées dans le bois à l'ukiyo-e finie, les couches de couleurs ayant peu à peu imprimé le papier de riz. Un monde de couleurs, de reflets, de matières, que l'on n'imaginait déjà presque plus: on est passé du trait à la couleur.


Si ce ne sont encore que des épingles qui tiennent assemblées manches et basque sur notre mannequin Ferdinand, déjà je découvre, les yeux pétillants d'étoiles émerveillées, le spectacle prendre un peu vie et nous voilà repartis en voyage vers le dix-septième siècle!
Si nous sommes suffisamment proches de l'objectif de notre campagne pour nous lancer dans de telles expéditions, nous n'y sommes pas encore et ainsi, pour multiplier ces yeux enthousiasmés et emportés par nos costumes (sans oublier notre décor), continuez à nous soutenir (par chèque aussi donc, si vous le souhaitez): chaque euro compte, nous importe et nous fait chaud au cœur. N'oublions pas que nous ne pourrons bénéficier de votre soutien hors-normes que si la somme finale (ou plus) est récoltée. N'hésitez donc plus: le soutien qui nous a été montré jusqu'ici est formidable, tout comme nous espérons que le seront nos costumes et décor
Parlez-en aussi avec force autour de vous, Facebook, Twitter et alli sont aussi d'excellents relais: plus l'aide qui nous est apportée sera grande, plus les constellations d'émerveillement se répandront, d'abord dans nos studios, mais surtout à partir de février lorsque nous aurons la joie de vous présenter le spectacle!
Charles.

Wednesday, February 11, 2015

De Leander vox populi.


Léandre et Héro, ode burlesque de Paul Scarron, se joue depuis mardi au théâtre de l'Ile Saint-Louis, 39, quai d'Anjou à Paris. Un premier spectateur enchanté nous évoque la représentation qu'il en vue.


Un spectacle beau, agréable et simple. Une charmante histoire jouée et racontée devant les spectateurs dans l'intimité d'une petite salle à la seule lumière des bougies.
La déclamation baroque nous amène dans un style de jeu très particulier avec son propre mode de Parole et sa propre façon de bouger. Inhabituel, un peu déroutant aux premiers instants pour qui ne connait pas, mais certainement pas désagréable car les deux comédiens et la comédienne tirent entièrement parti de ce que permet cette déclamation en terme de gestes et de manières d'adresser une parole (des manières qui, souvent, ne pourraient exister dans une diction et une gestuelle contemporaine). 

On nous conte une histoire, celle des amours de Léandre et Héro: un narrateur nous la donne en mots et gestes, et dans le même temps et le même espace, les deux amants la vivent. La cohabitation du narrateur et des personnages ne nous gêne pas le moins du monde, car tous se rejoignent dans un même but: nous raconter l'histoire, à nous, spectateurs. Et c'est ce qu'il y a de plus agréable dans ce spectacle, au travers du jeu baroque et dans cette toute petite salle: le spectateur n'est jamais ignoré. C'est à nous qu'on parle. Presque tout nous est adressé, si bien qu'on se sent perpétuellement invité à suivre ces deux amants dans leurs péripéties. Le jeu est ici au plus sincère, au plus proche du premier degré et toutes les émotions traversent les comédiens avec une ampleur haute et puissante qui fait se mouvoir leurs corps. Et ça nous atteint. Et ça nous touche. Car dans ce type de jeu si particulier, on reconnait bien, grandi par les gestes et la paroles, l'amour, la naïveté de la jeunesse, le chaud tempérament de l'adolescence, l'émerveillement des premiers ébats, tous interprétés avec brio par les deux protagonistes, Ulysse Robin et Elsa Dupuy. Le narrateur a certes une certaine distance avec l'histoire, mais il n'est pas neutre pour autant et a souvent son mot à dire sur ce qu'il pense de l'histoire en question, n'hésitant d'ailleurs pas à prendre à parti le spectateur.
En tant que spectateur, on a le désir de profiter au maximum de ce spectacle, parce qu'il nous fait du bien. En ce qui me concerne, j'en suis sorti avec l'envie de jeter des confettis.
J'encourage ceux qui n'ont pas encore vu ce spectacle à prendre un peu de temps sur leur soirée (moins d'une heure, ce qui soit dit en passant est assez rafraichissant par rapport aux temps de spectacle habituels) pour marcher, voguer ou nager jusqu'à l'Ile Saint-Louis et partager l'aventure de Léandre et Héro.

Romaric Olarte

Thursday, December 11, 2014

Ebène, palissandre et marqueterie Boulle.


Lorsque l'on œuvre dans le théâtre baroque, il est bien naturel qu'une bonne partie de notre temps soit occupé par la recherche. La recherche aux sources, des codes scéniques de l'époque, de la façon de concevoir le monde pour mieux le percevoir, des textes et partitions, pour les établir de la façon la plus précise et les restituer avec la plus grande honnêteté possible, à partir de matériel de première main et non frelaté par les siècles qui nous en séparent, pour retrouver aussi le sens et la valeur que l'on donnait alors aux mots.
Mais aussi de recherche, qu'on pourrait considérer plus triviale mais qui est néanmoins aussi essentielle, autour de ce qui sera vu à proprement parler sur scène: sur les costumes (que portait-on dans la vie, sur scène, quels étaient les codes tant des costumes que des habits de ville, quels matériaux utiliser, comment pendouille une aiguillette retenant une cape en 1620 ou de combien dépasse un ruban enroulé à l'épaule en 1650?), des perruques et autres poils (qui se coiffait comment, est-ce que l'on donne à untel une moustache à la française des années 1630 ou à la flamande des années 50?), et enfin, comment habillait-on la scène, ou son intérieur?
Car évidemment, le mobilier a son importance aussi et sera signifiant, de même que dans n'importe quelle scénographie. Evidemment, à l'époque, la question se posait moins, et si une comédie nécessitait un coffre pour des jeux de scène, on prenait le coffre que l'on avait sous la main. Quatre cent trente ans plus tard, la question est forcément plus cruciale: j'aurais peine à voir l'équivalent, mettons une boîte Muji, tout aussi élégante qu'elle soit, au milieu de nos bougies!
Lorsqu'avec Timothée, notre ébéniste (qui fut avant tout notre Ange distrait principal en 2008), je travaillais au trône d'Elizabeth première, une conversation a tourné autour de la marqueterie Boulle, de combien c'était une technique remarquable, difficile, mais surtout sublime. Evidemment, la conversation est restée imprégnée dans mon esprit, plein des images ébaudissantes de certains meubles exemplaires.
Ainsi, peu de temps après l'achèvement de ce noble meuble, en mai, j'évoquais avec Timothée la création prochaine de Léandre et Héro de Paul Scarron (en février au Théâtre de l'Ile Saint-Louis), et la nécessité de construire un coffre qui sera essentiel à la mise en scène. Ni une ni deux, nous tombâmes d'accord de ne pas faire qu'un simple meuble de beau bois sculpté, trop fin seizième et austère pour l'allure générale du spectacle, mais soyons fous (et nous le fûmes): explorons ensemble les possibles de la marqueterie Boulle, et créons ensemble quelque chose d'encore plus sublime que ce trône qui ravit tous les mercredis soirs nos spectateurs élisabéthains!
Petit à petit, recherche par recherche, affinage par affinage, la chose se précisait, ses dimensions, bien entendu, dictées par l'élégance de ses lignes en devenir mais aussi par les contraintes techniques, son thème (il doit évoquer à la fois Vénus et la mer — quels étaient leurs symboles respectifs, comment les rendre cohérents?), ses couleurs.
La marqueterie Boulle telle qu'on la connaît, avec ses laitons et écailles, n'apparaît qu'à la fin du siècle. Or nous nous intéressions à sa première moitié. Et puis ce n'était pas très écologique de faire tuer soixante tortues pour avoir de quoi faire un meuble, cela va sans dire. 
Alors nous eûmes l'idée de nous inspirer des meubles 1600, avec leur ébène et leur nacre, leurs contrastes forts et spectaculaires, tout en utilisant la technique Boulle des parties et contre-parties, pour créer un meuble tout en oxymore baroque.


Bref, passons les détails, nos atermoiements, nos heures passées entre les grotesques de Jean Berain pour y trouver les motifs de volutes, les fontaines de Versailles et de Rome et leurs Tritons, les gravures zoologiques issus de cabinets de curiosités, etc. pour arriver à trois jours enfin passés tous les deux, dans la retraite angevine de Timothée (un château seizième, dans lequel Charles IX a fait un petit tour un jour, cela va sans dire), dessinant, nous reprenant, gommant, travaillant ensemble, à quatre mains (tandis que le chien Palissandre, baptisé en hommage au placage dudit bois sur notre trône sautillait autour de nous), pour créer le modèle qui serait ensuite découpé dans nos feuilles de bois précieux.
Car ce travail à deux nous permettait de nous compléter harmonieusement: Timothée apportait à mes idées baroques sa connaissance du bois et de la technique, et vice-versa, Si je savais où trouver un modèle d'acanthe, je ne savais pas forcément le reproduire, ni ce qui était faisable, et Timothée intervenait, proposait, nous nous reprenions et ainsi de suite, chacun inspectant les dessins de l'autre pour les reprendre avec gentillesse ou les louer avec ferveur.
Trois jours aussi où j'ai eu l'impression d'être projeté à cette époque dans laquelle je passe pourtant déjà le plus clair de mon temps, nous chauffant à la cheminée, le souffle glacé par l'hiver installé, les yeux plissés après de longues heures d'assemblage des bois, de découpes, au milieu de ces bois magnifiques, et de ces motifs qui nous surprennent nous-mêmes encore, tant nous trouvons notre pastiche remarquable! Certes, trois jours c'est trop court pour finir un meuble aussi complexe que celui-ci, je laissais donc Tim dans son château pour rentrer à mes répétitions parisiennes, et j'ai grande hâte tant de voir la chose terminée, que de la faire découvrir sur notre scène éclairée à la bougie!
Charles.

Tuesday, October 7, 2014

Presidentens Ordet.

Une nouvelle rentrée pour la Compagnie Oghma! 

Du sang neuf cette année, parmi les comédiens comme parmi les administrateurs de la compagnie, le traditionnel Mot du — nouveau — Président s'imposait donc… 

Des visages nouveaux à la Compagnie, mais toujours autant de bougies! Et pour cause, comme l'année dernière, trois spectacles vous permettront de nous suivre tout au long de la saison. Une programmation riche, puisqu'elle comporte deux créations, toujours aussi éclectique avec du théâtre et un concert. Une particularité nous autorise à mettre toutefois plus particulièrement — et tout aussi modestement que par le passé — cette saison-ci en avant: car elle sera placée sous le signe du burlesque.
Le rire et le baroque, à la Compagnie Oghma ça n'est pas incompatible et ça fait d'ailleurs des années qu'on s'amuse franchement avec nos bougies et nos violes de gambe. Mais cette année, c'est vous que nous avons décidé de faire rire avec une programmation un peu particulière, concoctée par Magister artium noster autour de la frivolité, de la satire, de la légèreté, peut-être de la grosse marrade. Ce sera à vous de décider et vous aurez l'embarras du choix à travers nos trois spectacles dont il est peut-être temps de vous dire un petit mot. Rrrroulements de Ragnar (le tambour renaissance de la Compagnie): 

Une reprise, d'abord. Une semaine c'était trop court, alors la Reine Vierge revient dès demain et tous les mercredis au Théo Théâtre jusqu'au 17 décembre! Elizabeth, R. pour les intimes dont nous espérons maintenant faire partie, femme d'exception incarnée par Christine Narovitch dans la superproduction que vous êtes déjà nombreux à être allés voir l'année dernière. Une reprise enrichie d'un texte toutefois, que les soutiens les plus fidèles de la compagnie ont été invité à découvrir samedi lors de notre première répétition publique de la saison. Un spectacle qui aura ainsi pu murir pendant l'été et augmenter encore en profondeur et en intériorité, sans perde de ce qu'il dégageait déjà en majesté — car mes souvenirs, quoique presque lointains, demeurent pourtant vivaces, grâce à la puissance de cette convocation parmi nous, pour vous et par nousde la Reine Vierge. 

La Courante ensuite, le concert de la saison, au mois de janvier mettra naturellement la viole de gambe à l'honneur, grâce aux musiciennes de l'Ebo, l'ensemble instrumental de la compagnie, dans des œuvres de Sainte-Colombe le fils. Entre ces pièces s'intègrera la déclamation de textes tirés d'un opuscule (fatalement dédié au confesseur du Roi, ce qui en accroît l’ironie) miraculeusement dégotté par Magister artium noster, satires irrévérencieuses, en vers naturellement, des codes et formes de la poësie galante du Grand Siècle, par des poëtes galants du Grand Siècle. Et vous aurez l’occasion de découvrir Mélusine dans une belle robe rose et Charles devenu pour l’occasion tout blond!

Léandre et Héro, enfin, de février à mars. Une satire, encore une fois, par Scarron, du mythe tragique de Léandre et Héro. Les amours de la jeune et belle Héro et du beau et jeune Léandre, présentées par la Compagnie dans sa grande création de la saison, à travers les codes codes baroques revisités par le poëte. Léandre et Héro fait partie de ces mythes — que nous refusons d'abollir — auxquels la Compagnie a toujours été attachée… alors inutile de vous dire qu'on sauté sur l'occasion! L'occasion nous a d'ailleurs permis de grossir nos rangs avec Elsa Dupuy qui est déjà familière de ces codes spécifiques et Ulysse Robin, qui, lui, a entamé une formation il y a déjà plusieurs mois au sein de la Compagnie, découvrant l’exigence du baroque — car la formation fait aussi partie de nos préoccupations. Comme c'est la grosse production de la saison, on a en plus décidé de mettre le paquet et après avoir exhumé cette merveille oubliée de l'œuvre de Paul Scarron (le père du Burlesque et le premier mari de sa veuve célèbre ensuite) nos petites — et habiles — mains se sont déjà mises à l'ouvrage pour vêtir (pas trop!) nos jeunes amants des brocards les plus purs aux couleurs chamarrées.
Une saison riche donc, sur laquelle nous travaillons tous d'arrache-pied! Ce travail, nous vous invitons donc à le suivre lors de nos représentations… et aussi tout au long de l'année sur nos pages Facebook, Instagram, en vous inscrivant à la newsletter (boîte ci-contre) et, pour les plus curieux d'entre vous, en venant directement nous voir pendant nos répétitions publiques! 

A très bientôt donc, pour une saison nouvelle que nous vous souhaitons joyeuse, burlesque et baroque!
Alexandre Comolet, Président de la Compagnie Oghma.

Thursday, August 7, 2014

Une reprise pas comme les autres.

Une reprise, c'est généralement un peu plus facile qu'une création: on sait où l'on va, on connaît bien sa partition, ses déplacements, l'œuvre sur laquelle on travaille, et généralement le lieu dans lequel on jouera, et les surprises sont moins terrifiantes.
Cela ne veut pas dire pour autant que c'est ennuyeux, puisque cela permet de rectifier aussi quelques erreurs qu'on aurait commises lors de la première version, de revoir certains textes — comme ce sera le cas en octobre lorsque nous reprendrons notre Elizabeth R., avec un nouveau texte et des costumes plus détaillés — et, dans tous les cas, de revenir avec plaisir et hâte à un spectacle que l'on a aimé présenter, et que le public a plébiscité. 
Dans cinq jours, nous reprenons les Excellentes Inventions de Tobias Hume, créées en mars à Paris, et données il y a une petite semaine à Limoges, à chaque fois devant une assistance volubile en éloges.
Mais ce n'est pas qu'une reprise, avec son confort. Car si notre spectacle marque notre présence en Périgord pour la première fois, il nous donne surtout l'occasion de jouer dans le cadre plus qu'unique du château de l'Herm — un lieu qui me fait rêver depuis la première fois que j'y suis allé avec mon gran'père à moins de dix ans, le retrouvant depuis toujours avec la même joie, mais aussi la même crainte, tant revêtu de mystère qu'il est.
Un spectacle se doit de s'adapter à son lieu de présentation, et c'est un effort que nous faisons toujours, naturellement. Et là, il faut être à la hauteur de celui-ci — d'autant qu'il se prête plus qu'avantageusement à mon idée initiale du programme: tenter de retracer la vie d'un mercenaire anglais, soldat mais aussi compositeur, homme bravache mais qui se permet aussi de se laisser aller à sa mélancolie sans flagornerie, à travers sa musique et ses rares textes.
Pour l'occasion, nous devons revoir toute la mise en scène, l'adapter au lieu. 
Et si les deux musiciennes de l'Ebo, Mélusine et Julie ne me rejoignent dans notre fief que dans deux jours, quand commenceront effectivement ces nouvelles répétitions, les ateliers de la Compagnie sont malgré tout en ébullition, sciant, cousant, peignant — pour nous emparer du lieu tel qu'il le mérite, construisant, recréant tout à nouveau — car c'est finalement pratiquement un tout nouveau spectacle que nous proposerons, pour une présentation exceptionnelle. Nous sauterons partout dans le château, qui sera véritablement en état de siège comme au seizième siècle quand il a été construit, avec des soldats rôdant autour du donjon paré des couleurs de ses seigneurs (en l'occurrence les Calvimont), les explosions qui feront rage tout alentour, les flambeaux qui permetteront, stratégiquement placés, d'y voir assez pour défaire l'adversaire sans l'aider pour autant, noyé dans les brumes du champ de bataille fumant — au centre duquel la musique de Tobias Hume viendra résonner de sa force.
Enfin, après une visite il y a quelques jours dans le château déserté de ses nombreux visiteurs habituels, mon plan de bataille est prêt, et la hâte d'y être à nouveau est grande.
A lundi!
Charles.

Tuesday, June 3, 2014

De Elizabetha Reginae vox populi.

Elizabeth R., autour des textes de la Reine vierge, c'est fini pour la saison — mais elle revient dès le mois d'octobre.
D'ici là, en voici un rapport qui nous fait rougir d'une spectatrice aussi émue que nous le sommes à la lecture de ses lignes.



Je me suis réveillée ce matin en me disant: comment se fait-il que j'ai tant aimé cette mise en scène et la parfaite direction d'acteur, alors que ce spectacle, sa forme, ne correspond en rien à ce que je connais théâtralement parlant?
J'y ai vu comme un grand poëme épique onirique d'une beauté inouïe, comme un tableau en mouvement avec une gestuelle d'une grâce absolue, des mimiques retenues et pourtant expressives, comme le tableau en mouvement d'une Reine au pouvoir absolue, masquant à tous propos sa profonde sensibilité d'une façon indicible.
Dans une ambiance de clair-obscur à la Rembrandt, provoqué par cet éclairage sublime à la bougie on est tout de suite transporté dans l'univers irréel des icônes qui peuplent nos rêves. Elizabeth R., devenue mythe sous la palette de son interprète Christine Narovitch et celle de son metteur en scène Charles, comme le sont les grands personnages lyriques! Et le personnage de l'homme, tenu par Charles, aussi m'a beaucoup intéressée. A la fois fidèle courtisan et manipulateur, il m'est apparu d'une étrangeté diabolique. Sa danse avec Elizabeth, à la fois baroque, inquiétante et drôle (quel paradoxe!) m'a enchantée. Et puis que de grâce dans ses déplacements, comme un glissement ensorcelant devenu musique par ses mains.
J'ai aussi beaucoup pensé à la poëtique d'un François Villon, aux chansons de gestes du Moyen-Age, aux fantômes qui hantent la nuit les musées.
Je n'avais rien lu des intentions du metteur en scène, j'ai simplement laissé courir ma sensibilité tout au long de ce spectacle d'une grande hauteur. 
Danièle Fouache.